ICE STUPA: DES GLACIERS ARTIFICIELS EN INDE

Un concept ingénieux qui reverdit les déserts

Ice Stupa, c’est un concept aussi simple que lumineux. Il s’agit de glaciers artificiels et pyramidaux (coucou les illuminatis) de 30 à 50 mètres de hauteur qui permettent de stocker de l’eau douce pour la population, le bétail et les terres agricoles de Ladakh (Inde), une région gravement touchée par la sécheresse en raison du réchauffement.

Même si certains en doutent encore, le réchauffement climatique est bel et bien réel et ses effets se ressentent un peu partout sur la planète. Dans la région indienne de Ladakh, à quelques encolures de la frontière avec le Tibet chinois, le redoux arrive de plus en plus tôt dans l’année. La glace fond plus rapidement et l’eau vient à manquer au printemps, ce qui empêche la végétation de reprendre ses droits sur l’hiver. Pas de végétation, pas de nourriture, donc famine et déclin violent de la biodiversité. La situation semble désespérée? Pas totalement. Merci au génie de Norphel Sonam Wangchuck.

Norphel Sonam Wangchuk ravive l’espoir

Photo: Rolex Awards

On n’ira pas jusqu’à dire que la planète est sauvée, mais grâce à Monsieur Sonam Wangchuck et son équipe, elle a quand même droit a un peu de sparadrap pour panser ses plaies. L’ingénieur et professeur primé au Rolex Awards for Entreprise 2016 a réalisé un système qui permet de stocker de l’eau massivement, de manière a approvisionner les villages touchés par le réchauffement durant tout l’été: des tours de glace gigantesques qui approvisionnent les terres en continu, au fil de leurs fontes… exactement ce que fait un glacier naturel, mais plus lentement.

Comment ça marche?

Le grand défi consiste donc à ralentir cette fonte. Contrairement à un glacier naturel qui s’offre de tout son long au soleil, l’Ice Stupa, de part sa forme conique, est nettement moins exposé au rayonnement solaire et fond donc plus lentement. C’est tout bête, mais il fallait y penser.

Après la création d’un pipeline sous-terrain qui réutilise l’eau de la fonte précoce vouée à être gaspillée, on établit une structure de base autour de l’embouchure, qui peut même être faite à partir de branchages. Grâce à la pression hydrostatique, (le point de prélèvement est légèrement plus haut que le point de sortie), aucune pompe ni électricité ne sont nécessaires dans ce processus. C’est le principe des vases communicants.

L’arrivée d’eau verticale, qu’on peut apparenter au jet d’eau de Genève, gèle en retombant sur la structure et forme alors une pyramide de glace. En toute logique, les tours, qui peuvent atteindre une hauteur de 50 mètres, sont érigées en plein hiver himalayen, lorsque la température peut descendre jusqu’à -30°C. Avec ce système, la végétation ne souffre plus de la sécheresse et les arbres plantés dans le cadre du projet Ice Stupa sont viables et prolifiques. Le désert reverdit et redonne espoir et nourriture aux populations locales.

Le prototype d’Ice Stupa, réalisé en 2015 grâce à une campagne de financement partagé, a été crée par un pipeline de 2,3 km redirigeant des cours d’eau glaciaire vers le désert du village. Il a fourni quelques 1,5 million de litres d’eau de fonte à 5000 jeunes arbres plantés par les habitants.

Grâce à l’obtention du prix Rolex, Monsieur Sonam Wangchuck prévoit de construire vingt d’Ice Stupas de 30 mètres de hauteur et d’initier un programme important de plantation, de quoi transformer la région en véritable oasis.

Leïla Rölli

Plus d’infos sur http://icestupa.org