SUISSE PLUS SOUPLE AVEC LES PESTICIDES: EAUX DE SURFACE EN PÉRIL

Pro Natura s'y oppose!

Décision paradoxale du Conseil fédéral

Comme nous l’expliquions dans notre article d’octobre dernier sur les pesticides de synthèse, ces derniers, une fois dispersés dans les cultures pour lutter contre ce qui leur est nuisible, comme les champignons, les mauvaises herbes ou encore les insectes, infiltrent les sols et finissent dans les cours d’eau. La teneur limite de ces substances polluantes dans les eaux est donc fixée par l’Ordonnance sur la protection des eaux (OEaux) et était jusque-là de 0.1 microgramme par litre d’eau pour l’ensemble des pesticides, alors que les autres substances chimiques organiques, comme les médicaments, n’avaient pas de valeur limite.

Le Conseil fédéral a cependant décidé de réviser cette ordonnance, avec pour but une «adaptation des exigences chiffrées relatives à la qualité de l’eau des eaux superficielles». Si cette révision a cela de positif qu’elle entend s’étendre à une liste plus importante de polluants, dont les médicaments, le Conseil fédéral a également décidé d’augmenter certaines valeurs limites pour les résidus de pesticides dans les eaux de surface, ce que déplore fortement Pro Natura, car « [Le Conseil fédéral] met ainsi en péril l’amélioration nécessaire de la qualité des eaux en Suisse ».

Plus souple avec les pesticides et effet cocktail ignoré

En effet, le seuil de chaque pesticide a été réévalué individuellement et certaines quantités tolérées ont de fait été augmentée. Cela a pour conséquence d’augmenter la valeur limite générique de 0.1 microgramme par litre, qui n’inclut plus dorénavant que les pesticides dont la valeur limite n’a pas été augmentée. Or, ce chiffre avait été fixé conformément à un principe de précaution qui n’est dès lors plus respecté, ce que d’aucun qualifie comme un retour en arrière.

Par ailleurs, lorsque différents polluants se mélangent, il est difficile d’en prévoir la réaction. Il est donc presque impossible de garantir qu’en augmentant la quantité de tel ou tel pesticide, il n’aura pas d’autres effets que ceux escomptés en s’additionnant à d’autres substances présentes dans l’eau. Cette révision de l’OEaux soulève en outre d’autres problématiques, telles que la résistance aux antibiotiques ou l’approvisionnement en eau potable.

Pro Natura: pour une valeur limite cumulative et une interdiction des substances toxiques

Pro Natura, considérant que « l’amélioration nécessaire de la qualité des eaux en Suisse est mise en péril », a profité de la phase de consultation pour s’opposer à la révision de l’Ordonnance sur la protection des eaux en l’état.

L’organisation demande « l’introduction d’une valeur limite cumulative pour la charge totale de pesticides, que la valeur limite générique de 0,1 microgramme par litre soit maintenue conformément au principe de précaution et que seuls des ajustements à la baisse des valeurs limites pour les substances individuelles soient effectués. En outre, les toxines les plus puissantes, qui ont déjà un effet toxique avéré sur les organismes aquatiques à une fraction de 0,1 microgramme par litre, doivent être interdites ».

En effet, selon Michael Casanova, chef de projet Protection des eaux et politique énergétique, « C’est un signal totalement faux que d’accepter des niveaux aussi élevés de toxiques dans nos cours d’eau. Ces derniers sont des habitats précieux et, en fin de compte, la base de notre approvisionnement en eau potable. Le Conseil fédéral doit retravailler ces points ». L’Ordonnance, moyennant les modifications proposées dans sa révision, doit entrer en vigueur le 1er novembre 2018.

Leïla Weber

Plus d’infos sur la campagne « Stop aux pesticides dans nos eaux » de Pro Natura

Sources :