LIMULES: SAIGNÉES DANS L’INDIFFÉRENCE DEPUIS 50 ANS

Myriam nous sensibilise à la condition des ces créatures.

Afin de sensibiliser, informer, décrypter et expliquer, Myriam use de ses talents d’écriture et nous livre un regard critique sur le monde qui nous entoure.

 

Imaginez un peu.

Alors que vous vous baladez tranquillement sur une plage au clair de lune, un groupe de scientifiques débarque et vous enferment dans une caisse contre votre gré. Vous êtes ensuite transporté plusieurs heures dans un fourgon sans savoir où ils vous emmènent. Lorsqu’on vous sort enfin de votre boite, aveuglé par les néons, vous découvrez une pièce aseptisée où d’autres humains sont ligotés et suspendus la tête en bas. Ils ont chacun un cathéter planté dans le cou par lequel s’écoule leur sang qui est ensuite récolté dans des bassines. Parmi eux, des cadavres, la bouche ouverte, le regard fixe, attendent d’être décrochés. Puis une place se libère et c’est votre tour. Des individus plus grands et plus forts que vous vous emmènent jusqu’à la place qui vous est destinée.  Il vous est impossible de vous débattre, d’ailleurs vous pouvez toujours essayer de hurler, personne ne vous entendra. Vous allez vous faire saigner, comme les autres, peut-être jusqu’à la dernière goutte. Un mauvais film d’horreur ? Non. C’est ce qu’endurent les limules depuis les années 70.

Une limule c’est quoi ?

La limule est un arthropode marin à sang bleu dont la forme rappelle celle d’une raie, avec une carapace digne de celle d’un crabe. Pourtant, la limule est un chélicéré, au même titre que les araignées et les scorpions.

Le sang de limule contient des amébocytes qui protègent la limule contre les infections en formant un gel autour des agents pathogènes. Raison pour laquelle le sang de limule est utilisé comme réactif dans le domaine pharmaceutique et permet de tester l’absence d’endotoxines bactériennes dans les médicaments et le matériel médico-chirurgical. En gros, si vous n’êtes pas mort.e d’une septicémie après votre dernière prise de sang, c’est grâce à une limule.

Les limules se font plus rares depuis qu’on a commencé à les massacrer, c’est pourquoi certains laboratoires tentent de développer des alternatives de synthèse. On croise les doigts pour qu’ils trouvent une solution rapidement.

Et sinon, il semblerait que le lait d’ornithorynque et le sang de varan de Komodo possèdent des vertus antibiotiques hors du commun. En voilà d’autres qui ont du souci à se faire.

Myriam Roelli

crédits photos: mapping ignorance