CHARLOTTE: DU GRAPHISME À LA BOULANGERIE

Retour "vert" le futur, ces gens qui ont troqué leur clavier contre un tablier!

« Retour VERT le futur » n’est pas uniquement un nouveau jeu de mot douteux avec notre couleur favorite, c’est surtout une jolie série de portraits de femmes et d’hommes qui ont opéré une reconversion professionnelle ecofriendly!

Parce que leur précédent emploi ne leur apportait plus autant de satisfaction. Parce que ces personnes étaient à la recherche de plus d’authenticité ou d’une activité inscrite dans la durabilité, que ce soit dans une démarche de développement personnel ou à cause de d’une irrésistible envie de tout envoyer balader, de se trouver… les raisons de ces changements d’activités sont multiples et elles ont eu envie de vous les raconter.

 

Charlotte, de graphiste à artisan boulangère.

 

Salut Charlotte,

Tu ouvres cette série de portraits de personnes qui exerçaient une profession libérale, commerciale ou, en tout cas, qui passaient beaucoup de temps dans un bureau, et qui ont tout lâché pour se reconvertir dans une activité artisanale, tournée vers la durabilité.

Après avoir exercé le métier de graphiste pendant 8 ans, tu as choisi de lancer « Farine » et de fabriquer du pain bio au levain naturel de longue fermentation que tu vends, entre autres, à Vevey (Suisse).

Pourrais-tu te présenter et nous parler de ta « vie d’avant »?

Je m’appelle Charlotte, j’ai 30 ans, je suis née et j’ai grandi en Chablais, à Monthey. Je vis à Vevey depuis un peu plus de 10 ans maintenant. J’ai fait ma formation initiale de graphiste à Sierre, en Valais, en 2008. J’ai bossé comme graphiste, entre Lausanne et Vevey, jusqu’en 2016, moment ou j’ai entrepris
 cette deuxième formation en boulangerie.

Comment et quand t’es venu l’idée de changer de voie?
 Pourquoi avoir choisi la fabrication de pain « à l’ancienne »?

Eh bien… Au début, c’était juste idée, parmi d’autres envies. Je ne sais pas trop pourquoi c’est celle-ci qui est devenue sérieuse, jusqu’à se transformer en obsession. Je pense qu’elle existait depuis longtemps, et c’est devenu quelque-chose que j’avais concrètement très envie d’essayer de faire. Tout est aussi parti du constat que je ne trouvais pas le pain que j’aurais rêvé manger, autour de moi…
C’était une période de ma vie ou j’avais besoin de changement, de faire autre chose, d’avoir de nouveaux projets… Pourquoi ne pas le réaliser moi-même, ce pain que j’avais envie de manger?

Je n’allais pas très bien dans mon travail de graphiste, je ne trouvais plus l’épanouissement nécessaire pour continuer.
 J’ai commencé à avoir des crises d’angoisse, de plus en plus fréquentes et longues, jusqu’à ce que cela devienne compliqué d’aller travailler. Il était temps de bouger !

J’ai commencé par écrire un e-mail, depuis mon travail, à un boulanger qui m’avait beaucoup inspiré (Farinoman Fou, Aix-en-Provence), et c’est lui qui m’a guidée. Il m’a conseillé de regarder du côté des formations. Je ne savais pas que cela existait en France, je pensais qu’il fallait de toute façon passer par la case apprentissage, en Suisse, pour devenir boulangère. J’ai donc fait quelques recherches, et je suite vite tombée sur l’école (École internationale de boulangerie) qui m’a apporté les bases nécessaires.

La décision fut rapide, car c’est la seule qui proposait une formation consacrée au levain naturel et au travail sur MP biologiques et longues fermentations. C’est ce qui m’intéressait, car cela fait partie intégrante de ma manière de consommer. Je suis une personne assez impulsive, et je pense que je me suis inscrite 2 ou 3 jours après avoir découvert le site !

Une fois que tu as pris ta décision, comment ça s’est passé?

Il y avait un long temps d’attente avant le début de la formation (1 an depuis l’inscription). J’ai donc eu le temps de me préparer, et de mettre l’argent nécessaire aux frais d’écolage de côté, de quitter mon travail.

Comment et où tu as fait ton apprentissage? Combien de temps ça t’a pris? As-tu eu des surprises?

La formation à l’EIDB dure 4 mois, avec des sessions de stages entrecoupées de productions au sein de l’école. La première surprise fut le lieu de formation. Un petit laboratoire niché au milieu d’une vallée sauvage, en pleine nature, avec des troupeaux de moutons qui passent devant les fenêtres du labo… Un super lieu, propice pour se concentrer, oublier tout le reste. C’était magique !
Les stages furent vraiment hyper enrichissants pour moi, c’est là aussi qu’on se rend mieux compte de ce que ça représente comme investissement (physique, de temps, d’énergie).

J’ai rencontré des gens incroyables, je me suis fait plein d’amis, et ces amitiés durent ! J’ai maintenant un chouette réseau de connaissances avec qui je peux échanger. On est même parti en vacances ensemble, je vais les revoir dès que j’ai un peu de temps, ils sont venus me voir en Suisse…
En gros, ça m’a permis de concrétiser mon idée, de la voir appliquée en vrai par des personnes qui ont fait la même démarche que moi, et de voir que ça peut marcher.


Et puis tu es revenue à Vevey avec ce savoir… comment as-tu lancé Farine?

C’est en fait allé hyper vite ! J’ai décidé de faire le max pour que ce projet puisse voir le jour, d’une façon ou d’une autre. Une fois trouvé le lieu de production, tout s’est enchaîné.

En fait, j’ai commencé par aller trouver un boulanger en ville de Vevey, que je trouvais déjà sympa, et lui ai parlé de mon histoire, de mon idée. Il m’a rapidement dit que c’était envisageable pour lui que je vienne de jour produire dans son labo, qui n’était utilisé que la nuit. J’ai donc rapidement fait le plein de matières premières (farines locales, principalement), réalisé quelques essais, et je me suis lancée! J’ai acheté de quoi me faire un stand au marché, pris les informations concernant les modalités d’inscription… et j’ai commencé à vendre mon pain ainsi. Le reste s’est enchaîné.

Quelles sont les difficultés que tu as pu rencontrer?

Financières, principalement. C’est difficile de mener à bien un projet sérieux avec peu de budget. Mais l’argent, ça se trouve, et j’ai eu la chance de pouvoir emprunter un petit peu à mon entourage proche. Tout coûte vite cher: un stock de matières premières, du petit matériel, le matériel du marché, l’achat d’un véhicule…

J’ai aussi bien galéré car je n’avais ni voiture, ni permis à ce moment-là: j’ai commencé à faire les marchés à pied et à vélo cargo. La première boulangerie ou je fabriquais mon pain se trouvant près de la place du marché à Vevey, c’était relativement facile, mais tout de même assez fatiguant.

Les marchés, c’est assez dur. beaucoup de logistique, en hiver, il fait froid et le pain n’est pas à son top. Rapidement, j’ai eu envie de trouver des gens avec qui collaborer, pour aller plus loin, et c’est chose faite maintenant grâce à deux cousins qui se sont associés pour ouvrir Hokta, à Vevey. Ils m’ont proposé une partie du laboratoire en sous-location, et c’est ainsi que l’on travaille ensemble, à ce jour. Je fournis le pain pour leur magasin.

 

Comment te sens-tu dans cette nouvelle vie?

Moralement, je me sens hyper épanouie. Concrétiser un tel projet (d’envergure) avec peu de moyens, c’est toujours un défi… Et je suis fière d’y être arrivée, même si le travail est éprouvant physiquement, et que tenir le rythme est parfois compliqué.

Le retour des clients me fait tenir la barre et me motive à continuer, même si à ce jour il est temps pour moi de trouver des solutions pour être plus efficiente.

Financièrement, l’équilibre est mince entre survie et surcharge de travail, ce n’est pas toujours simple. Je gagne moins bien ma vie qu’en tant que graphiste, mais je fais ce qui me plaît. Et ça c’est hyper important!

Le défi principal reste de trouver un bon équilibre, et je suis encore dans cette recherche.
 Les gens qui me rencontrent s’imaginent souvent que c’est plus simple qu’il n’y paraît vraiment… En fait tant qu’on ne passe pas une journée dans le labo avec moi, on ne se rend pas compte. Et je pense important de transmettre aussi l’idée que c’est dur !

Il faut se préserver, et être bien entouré. Le soutien de la famille, des amis, c’est primordial pour affronter les peurs, les difficultés, les doutes…

Où et quand peut-on trouver tes produits?

Vevey: du mardi au samedi chez Hokta (qui est aussi mon lieu de production) et à l’épicerie Bokoloko chaque mardi et samedi !


Lausanne: à l’épicerie la Brouette, chaque mercredi dès 15h, ainsi qu’au restaurant du théâtre de l’Arsenic qui le propose dans ses assiettes.

Je livre du pain à Lumière des champs, une semaine sur deux, sur abonnement (association de paniers de légumes locaux) et je vais fournir une épicerie bio qui va ouvrir tout prochainement, à Montreux (début octobre), qui s’appelle ô bio.

J’aimerais aussi continuer à entretenir différentes collaborations, comme par exemple le week-end prochain pour un événement autour du café à Lausanne: Swiss Coffee Connection.

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Suivez les aventures de Charlotte sur sa page Facebook FARINE

ou sur son site: www.farineboulangerie.ch

Propos recueillis par

Leïla Rölli