« DÉSOBÉIR AVEC AMOUR » LE MANIFESTE ANTISPÉCISTE

Cloé a lu le dernier livre de Virginia Markus, voici son compte-rendu

Cloé de greeneat_ch est notre référence en matière de style de vie vegan. Dans ce nouvel article, elle a eu envie de nous parler du dernier ouvrage de Virginia Markus… qu’elle a dévoré!

DÉSOBÉIR AVEC AMOUR

 

« Comment est-ce qu’on peut briser des vitrines et faire partie d’un mouvement qui se veut non-violent ? »

« Ah ces antispécistes avec leur charia vegan ! »

 

L’article d’aujourd’hui est un peu différent de ceux que je vous propose habituellement puisqu’il consiste en une « critique » de livre. Le livre d’une auteure et militante antispéciste suisse dont vous avez sûrement déjà entendu parler au vu de ses nombreux passages dans les médias suisses ces derniers mois : « Désobéir avec amour » de Virginia Markus aux éditions Labor et Fides.

Paru début septembre 2018, et moins d’une année après son ouvrage dénonçant l’industrie laitière suisse, Virginia aborde un nouveau thème dans son livre, celui de la désobéissance civile.

En effet, vous n’êtes pas sans savoir que les actions militantes antispécistes se font de plus en plus nombreuses et variées : du stand, aux manifestations et marches autorisées (celle de Londres cette année a réuni près de 10’000 personnes), mais aussi illégales telles que poses de caméras dans des abattoirs, prises d’images dans des élevages, actions dans des lieux publics, blocages de chaîne d’abattage ou encore caillassages de vitrine.

4.4.18: Virginia Markus – manifestation contre la construction d’un abattoir à Aubonne (VD). Photo ©D. Martenet / L’illustré

Pourquoi faire usage de ces modes d’action que la presse et les badauds considèrent « extrêmes » et que même certains militants antispécistes dénoncent car desservant la cause selon eux ?

C’est ce que Virginia nous explique au cours de son livre découpé en quatre parties : « amuse-bouche », « entrée », « plat principal » et « dessert ».

Le livre débute par un lexique extrêmement utile pour les personnes n’étant pas habituées aux termes que l’on retrouve dans les ouvrages antispécistes : « zoocide », « sentience ». Je me permets d’ailleurs de retranscrire ici la première phrase de sa définition du mot « antispécisme », car c’est est souvent un terme qui reste obscur pour un grand nombre de personne:

« Posture philosophique et politique prenant acte du fait que le critère de l’espèce ne peut pas en soi constituer un critère pertinent de discrimination. »

Virginia nous fait ensuite un topo de l’histoire du mouvement antispéciste depuis les années 70, en nous parlant de Peter Singer, L’ALF, Sea Shepherd, 269 Libération Animale et PEA ainsi que de leurs moyens d’action.

Le « plat principal » nous parle de :

– L’usage de la désobéissance civile au cours de l’histoire et des raisons pour lesquelles elle a été utilisée et donc de pourquoi elle est devenue un mode d’action de certains militants antispécistes.

– La réglementation sur la « protection animale » en Suisse, considérée comme une des plus strictes au monde et qui est pourtant passablement contraire au réel « bien-être » des animaux.

– La dissonance cognitive qui fait que la plupart d’entre nous se révolte face au festival de Yulin en Chine qui conduit au massacre de milliers de chiens, mais participe et n’a rien contre l’exploitation et le massacre de centaines de milliards d’autres animaux chaque année.

– L’activiste et ce qui le pousse à agir de la sorte (« par amour de la justice et sans se morfondre sur la potentielle impossibilité d’atteindre un idéal »)

– L’inertie politique au sujet des animaux.

– La couverture médiatique des actions de désobéissance civile.

– La nécessité d’agir pour faire entendre la voix des animaux.

– La manière dont les gens sont plus touchés par le bris de vitrine plutôt que par la mort de milliards d’animaux. #jesuisunevitrine

Bref, vous l’aurez compris, cet ouvrage regorge d’informations et de réflexions toutes plus intéressantes les unes que les autres et je ne peux que vous conseiller de vous le procurer pour en apprendre plus !

Et moi, qu’est-ce que j’en ai pensé?

Eh bien je l’ai beaucoup aimé ! Étant moi-même vegan et me considérant également antispéciste, vous vous dites sûrement que j’étais déjà totalement acquise à la cause et que mon avis était tout fait, mais non !

Je faisais clairement partie des personnes sceptiques quant aux bénéfices de ces caillassages de vitrines. Je peux vous dire qu’aujourd’hui, je n’y participerai pas, ni ne les soutiendrai en tant que tel, mais je comprends tout à fait pourquoi des personnes utilisent ce mode d’action et quels peuvent être ses bénéfices dont je ne vous parlerai pas là, même si mon clavier me titille, ce serait vous révéler trop du contenu du livre 😉

Une chose m’ayant également beaucoup plu est le fait que Virginia ne dénigre aucunement les actions pacifiques tels que cours de cuisine, conférences et autres, mais nous fait comprendre pourquoi il est nécessaire d’avoir des militants usant de moyens d’action différents et qu’ils sont complémentaires !

Finalement, vous l’aurez compris, cet ouvrage regorge de réflexions extrêmement intéressantes entrecoupées de citations d’autres auteurs qui donnent de la force aux propos de Virginia et s’y insèrent à merveille…

Si vous vous demandez pour quelles raisons les antispécistes « désobéissent » et usent de certaines pratiques illégales pour faire entendre la voix des animaux, tout comme beaucoup d’autres mouvements pour les droits humains l’ont fait, n’hésitez pas à vous procurer cet enrichissant manifeste de Virginia!

Pour terminer cet article, voici un petit panel de phrases qui font réfléchir et qui proviennent de son ouvrage :

« … quelle différence établir entre les contournements à la législation pratiqués en douce par tout un chacun et la revendication d’une forme de dissidence dans le cadre d’un mouvement militant ? » p. 31

« Si la désobéissance civile frappe les esprits, c’est qu’elle a pour vocation de faire entendre une injustice partout où la société a décidé de la museler. » p. 33

« Sans mouvement d’indignation, la sphère politique semble instinctivement penser que ‘’tout va bien’’. » p. 36

« … est-ce bien juste et acceptable de rester passif face au massacre de milliards d’êtres sensibles lorsque cette majorité populaire en est complice ? » p. 47

« Désobéir avec amour, c’est montrer que l’acte est positif et que même dans le drame que représente le massacre des animaux, ‘’désobéissance’’ ne rime pas forcément avec ‘’désespoir’’ et ‘’frustration’’ ni violence envers les personnes. » p. 65

« … de quel côté de la révolution on souhaite se placer : celui d’un système oppresseur appartenant à un autre temps, ou celui d’un mouvement de justice et de libération tourné vers l’avenir ? » p. 77

 

Désobéir avec amour de Virginia Markus, aux éditions Labor et Fides.

 Association Co&xister fondée par Vigrinia Markus, Elisa Keller, Pierrick Destraz et Charles Mittempergher

Cloé Dutoit

Retrouvez toutes les recettes de Cloé (in english, please!) sur son site:

Greeneatch.wordpress.com et sur son compte Instagram