CLOÉ: D’AUXILIAIRE EN SUPERMARCHÉ À EMPLOYÉE D’ÉPICERIE EN VRAC

Retour "vert" le futur: récits de reconversions vers la durabilité

« Retour VERT le futur » n’est pas uniquement un nouveau jeu de mot douteux avec notre couleur favorite, c’est surtout une jolie série de portraits de femmes et d’hommes qui ont opéré une reconversion professionnelle ecofriendly!

CLOÉ: D’AUXILIAIRE EN SUPERMARCHÉ

À EMPLOYÉE D’ÉPICERIE EN VRAC

Salut Cloé!

Merci d’avoir accepté de participer à cette série de portraits de personnes qui ont fait un virage dans leur carrière au profit d’une activité tournée vers la durabilité!

Ton cas est un peu particulier car nous n’allons pas parler de ta profession principale, puisque tu es actuellement étudiante en droit, mais de ton petit job alimentaire. Pendant 4 ans, comme beaucoup de jeunes en formation, tu as travaillé pour une grosse chaîne de supermarchés, mais il y a quelques mois, tu as démissionné et travaille maintenant comme auxiliaire dans une épicerie en vrac qui favorise des produits bio et locaux.

Tu as également lancé la page Instagram Greeneat_ch sur laquelle tu partages ta passion pour la cuisine végétale, ton engagement pour l’écologie et la cause animale ainsi qu’un blog de cuisine vegan du même nom. Raconte-nous!

Pourrais-tu te présenter et nous parler de ta « vie d’avant »?

J’ai 21 ans et j’ai grandi dans le canton de Neuchâtel, autant dans le haut que dans le bas 😉
Je suis actuellement en Master en droit à l’Université de Neuchâtel et débuterai mon stage d’avocate l’année prochaine.

Je suis également membre fondatrice de l’association VEGA’Neuch qui promeut le véganisme et l’antispécisme au sein de l’UNINE et suis aussi représentante de notre association au sein des associations durables de l’Université !

En dehors des études, j’ai en ce moment trois jobs, deux pour l’Université et un pour « Chez Mamie », épicerie bio-vrac. Je suis également active en politique chez les Verts, Conseillère générale à Corcelles-Cormondrèche et membre du Bureau cantonal du parti.

Je suis active sur instagram, j’y publie principalement de la nourriture vegan, mais je partage aussi quotidiennement des stories dans lesquelles je donne beaucoup d’informations liées à l’écologie et essaie au maximum de sensibiliser mes abonnés à divers sujets. Ah et puis finalement, nos lecteurs assidus l’auront peut-être déjà remarqué, je rédige des articles pour En Vert Et Contre Tout !
Malgré tout ça, j’arrive quand même à avoir une vie sociale, promis !

Et ton ancien job ?

Après la fin du Lycée et donc en commençant l’Université, je me suis dit qu’il serait bien que je trouve un job d’étudiant.e pour pouvoir me faire un peu d’argent et mettre un premier pied dans le monde du travail. J’avais 17 ans à l’époque, donc pas vraiment encore l’âge – ni même l’envie – de travailler en tant que serveuse, c’est pour ça que je n’ai postulé que dans des supermarchés et j’ai eu de la chance d’avoir très rapidement une place.

En 2014, j’ai donc passé mon premier été enfermée sous la lumière artificielle et les bips des caisses. Ça n’était pas facile, mais l’ambiance était chouette et la majorité des clients aussi, je m’y suis donc faite et y suis restée presque 4 ans avant ma « reconversion » !

Peux-tu nous parler de ton expérience dans ce supermarché? Ce que tu as apprécié, ce qui t’as interpelé?

En y ayant passé près de 4 ans, ce que j’ai le plus apprécié, c’est le contact avec la clientèle. Le supermarché dans lequel je travaillais était situé dans un village et les clients étaient des habitués. On me demandait comment allaient mes études, si je partais en vacances etc. Mes collègues étaient aussi très sympathiques et j’ai pu avoir de super discussions avec certains d’entre eux.

Pour ce qui est du travail en lui-même, il faut avouer que ce n’était pas incroyable. Mais j’aimais bien être à la caisse, car ça me permettait justement d’être en contact avec les clients et ne pas passer ma journée à remplir des rayons de produits suremballés…

Photo Greenpeace Suisse

Durant ma première année de travail, je n’avais pas encore pris conscience de l’absurdité des supermarchés et des conséquences des produits qui y sont vendus sur l’environnement.

Mais certaines choses me choquaient déjà :

  • Devoir jeter tout un filet d’orange si une seule est un fichue, pareil pour les boîtes d’œufs
  • La quantité invraisemblable de nourriture qui partait à la poubelle tous les jours
  • Le fait de devoir proposer du pain frais toute la journée et d’en jeter plein à la fin de la fermeture etc.
  • Niveau social également, le fait que l’on ne connaît ses horaires que 3 ou 4 semaines à l’avance et qu’ils ne sont jamais les mêmes
  • Qu’on passe parfois plus de 10h par jour dans l’enceinte du magasin sans rentrer chez soi si l’on habite un peu trop loin etc.

Tu connais donc les coulisses. Peux-tu nous parler des mesures prises contre le gaspillage alimentaire?

Dans la succursale dans laquelle je travaillais, il n’y avait franchement aucune mesure prise contre le gaspillage, si ce n’est les baisses avant la fermeture, la rotation des produits et les employés qui devaient bien entendu éviter les surcommandes.

Sinon, rien n’était mis en place. On jetait chaque jour des quantités astronomiques de nourriture. Fruits, légumes, pains, salades toutes prêtes, produits laitiers, viande, œufs… Au départ il n’y avait d’ailleurs même pas de « compost » pour les végétaux. La seule chose qui était séparée, c’était le pain et les viennoiseries. Mais je n’en connais pas la raison.

Aucune association ne venait récupérer quoique ce soit. J’ai un jour demandé pourquoi et on m’a dit qu’avant cela se faisait, mais qu’il est nécessaire que l’association vienne d’elle-même et visiblement plus aucune n’avait le temps / l’envie de se déplacer pour récupérer les invendus du magasin.

Est-ce que des associations bénéficiaient des invendus? Si non, les employés avaient-ils le droit de récupérer ces produits?

Concernant les employés, on pouvait prendre les articles une fois qu’ils étaient baissés, au même prix que les clients. Nous n’avions pas la possibilité de « réserver » un produit baissé et, ne pouvant faire ne serait-ce qu’un achat durant notre temps de travail, il n’était pas des plus simple de pouvoir acheter un produit qui allait pourtant finir à la poubelle le soir même. Il ne nous était jamais proposé de récupérer du pain du jour et il finissait donc à la poubelle alors que parfois cuit 30-40min. avant la fermeture. Pour les fruits/légumes, le contrôle « fraîcheur » se faisait le matin et donc, si l’on travaillait dans le rayon, il arrivait que l’on puisse demander tel ou tel produit à 50%, mais disons que rien n’est fait pour faciliter l’achat par les employés de produits qui finiraient de toute manière à la poubelle quelques minutes plus tard.

Comme dit avant, quand un seul produit était fichu dans un emballage, c’est l’emballage entier qui était jeté, sans possibilité pour les employés d’éviter le gaspillage en emportant les autres. La seule chose possible était de demander si l’on pouvait prendre l’emballage à 50%. Encore fallait-il avoir le temps pour faire cette demande et avoir vu qu’un produit allait être jeté…

Au niveau du plastique, du bio ou encore de la mise en avant de producteur locaux, qu’as tu pu observer?

Le néant ? Franchement, je n’ai pas vu d’effort du tout au niveau des emballages. Les grandes enseignes se vantent de les diminuer, de les rendre moins lourds etc. Mais au final, la quantité de produits vendus en portion individuelle ou les produits « conveniance » (tout-prêts, genre la salade de carotte ou le sandwich de votre pause de midi) n’ont fait qu’augmenter.

Par contre, il y a réellement eu un grand changement au moment du passage des sacs plastique payants aux caisses et non plus à libre-disposition. Dans le sens où, avant qu’il ne faille les payer 0.05.-, certaines personnes prenaient sérieusement 10 sacs plastique pour emballer leurs courses. Carrément un par produit, c’était un pur enfer. Après le passage aux sacs payants, les gens sont devenus beaucoup plus raisonnables et ses sont habitués à prendre leurs propres sacs !

Malgré ça, il reste toujours les sacs plastique en libre-service au rayon fruits et légumes, ce qui contrevient totalement à la volonté de réduire la quantité de plastique induite par les supermarchés. Les gens s’en servent sans modération et ne comprennent pas qu’ils peuvent mettre plusieurs produits dans un seul sachet sans problème à la caisse. Si les grandes enseignes souhaitaient réellement une réduction du plastique, elles feraient mieux que de proposer des sacs réutilisables payants qu’elles ne mettent absolument pas en avant. Inciter les clients à prendre un bête sac en toile depuis chez eux par exemple…

On peut également parler du problème des fruits/légumes bio qui sont emballés dans des tonnes de plastique pour des raisons de « traçabilité » et surtout, histoire que les clients ne les fassent pas passer pour des fruits/légumes non-bio…(Visiblement cela devrait changer, mais entre ce qui est dit et fait, il y a encore un monde)
Ah et puis, l’enseigne dans laquelle je travaillais est une de celle qui adore faire des offres promotionnelles visant les enfants. Telles que des figurines en plastique ou des vignettes à coller dans des livres. Déjà, je n’imagine même pas où sont produites ces choses et avec quelles conditions de travail. Cela représente des tonnes de matière gaspillée (sérieusement, les enfants en reçoivent à double, les accumulent et au bout de quelques mois, les jettent…). En plus, il restait souvent énormément de ces objets en fin de promotion qui étaient renvoyés à la centrale. Pour quoi faire ? Bonne question…

Concernant la mise en avant des producteurs locaux ou du bio, il y a en effet un gros travail effectué sur les produits régionaux. Panneaux, campagnes publicitaires etc. Après, cela n’empêchait pas pour autant d’avoir des pommes de Nouvelle-Zélande à côté des suisses, des fraises en février, des nuggets au poulet brésilien etc. Bref, on aura vu mieux. Pour le bio, c’est assez semblable… Disons que l’ajout d’une gamme bio meilleure marché a, à mon avis, augmenté l’attrait des clients pour le bio !


Que penses-tu de l’introduction des caisses automatiques?

Je dois être honnête que pour les peu de fois où je vais seule au supermarché pour acheter un ou deux produits pour dépanner, il m’arrive de passer aux caisses automatiques. Je sais que je vais me faire lyncher, mais j’y vais seulement si je n’ai pas beaucoup d’articles et parce que ça me permet quand même de gagner du temps (que j’utilise pour la bonne cause).

Mais bref, le supermarché dans lequel je travaillais était dans un village de taille moyenne et les caisses automatiques ont quand même eu quelques conséquences, c’est vrai. Personne n’a été renvoyé, mais les personnes qui étaient en rayon et venaient parfois à la caisse n’ont plus eu besoin de le faire aussi souvent et les caissier.ères ont dû apprendre à faire preuve de plus de « polyvalence ». Nous avons eu la chance de ne pas avoir besoin de personnes qui restent toute la journée debout à surveiller les zones de caisses automatiques, mais j’ai déjà entendu parler d’employé.es de magasin où c’était le cas et visiblement, les conditions de travail ne sont vraiment pas idéales…

Selon moi, il est clair que de remplacer tous.tes les caissier.ères par des bornes ne serait absolument pas durable au sens social du terme, mais le réel ennemi des employés de supermarchés, ce sont plutôt les extensions d’heures d’ouverture.

En effet, lorsque des demandes de ce genre sont faites, les initiants ne se rendent pas compte qu’en augmentant les heures, on n’augmente pas forcément les employé.es, au contraire. Leur nombre par magasin dépend normalement du chiffre d’affaire/de la grandeur du magasin. Et augmentation des heures d’ouverture ne rime pas avec meilleures ventes.

Ce faisant, le nombre d’employé.es reste le même et ce sont eux qui doivent en faire les frais (augmentation du pourcentage, heures supplémentaires à répétition etc.). Une chose qui se fait régulièrement dans ce cas, c’est de faire revenir les employés plus tard de leur pause de midi pour compenser les heures. Or, ce n’est pas entre 12h-15h que l’on peut faire grand-chose… Il faut aussi se rappeler que pour un magasin qui ouvre de 8h à 19h, certaines personnes passeront leur journée entière (7h-19h15) sur place car elles n’ont pas le temps de rentrer à leur domicile durant leur pause d’1-2h. à midi. Elles passent donc plus de 10h dans l’enceinte du magasin sans pouvoir rentrer chez elles…Pas le top pour la vie familiale.

Bref, les caisses automatiques ce n’est pas l’idéal et il ne faudrait sûrement pas que ça remplace le contact humain qui est primordial, mais disons que ça peut quand même avoir ses avantages et que ce n’est de loin pas la chose la plus affreuse des ces grandes enseignes selon moi. (mais le moins pire n’est pas le mieux, on est d’accord…)

Comment et pourquoi as-tu pris la décision de quitter ce travail ? Quel rôle a joué ton mode de vie et ton évolution dans le véganisme dans cette démarche ?

Au départ, ça ne me déplaisait pas de travailler dans ce supermarché. Si vous vivez en Suisse, vous savez probablement que l’on est souvent TeamC ou TeamM. La fameuse rivalité entre les deux géants du commerce de détail suisse… Et bien moi j’avais trouvé une place dans le supermarché que je préférais, donc je trouvais ça super et je ne me rendais pas bien compte de l’ampleur qu’avaient tous ces produits sur l’environnement et même les gens…

C’est en été 2015 que j’ai commencé à remettre en question ma consommation de viande, puis de produits animaux tout court. Je suis devenue végétarienne, puis végane. La transition a duré env. 6 mois, et à partir de ce moment-là, ma vision des choses a passablement changé. Les dégâts des produits animaux sur l’environnement m’ont fait m’intéresser aux autres impacts que notre alimentation pouvait avoir à différents niveaux et je me suis peu à peu rendu compte que mon mode de consommation, bien que 100% végétal, n’était pas pour autant au top de la durabilité. J’ai donc commencé par ne choisir que des légumes suisses, à boycotter les grandes marques, à arrêter d’acheter des boissons dans des bouteilles en PET etc.

Quelques plats vegan cuisinés par Cloé

Puis, est venu le moment où je me suis interrogée sur l’endroit où je faisais mes courses : La chaîne de supermarchés pour laquelle je travaillais. Et c’est lorsque « Chez Mamie », magasin bio-vrac, s’est ouvert dans mon village que j’ai fait le grand saut, en commençant à y acheter quelques produits secs, puis également des cosmétiques et des produits ménagers en vrac.

En parallèle à cela, disons que dans le supermarché où je travaillais, l’ambiance devenait un peu « tendue ». Changement de gérant, départ de beaucoup d’anciens collaborateurs pas forcément remplacés etc.

La tension se faisait sentir et je ne me sentais plus aussi à l’aise qu’avant. Et puis bien entendu, je commençais à en avoir sacrément marre de scanner des tonnes de produits suremballés, de cadavres d’animaux (soyons honnêtes), de produits bourrés d’huile de palme et d’autres ingrédients au top pour vous refiler des problèmes cardiovasculaires et du diabète. J’ai eu plusieurs moments où j’ai envisagé de quitter mon job. Finalement, je m’étais décidée à le quitter à la fin de l’année 2018, histoire d’avoir du temps pour la rédaction de mon mémoire de Master.

Mais, un jour de fin de printemps 2018, en allant faire mes courses « Chez Mamie », j’ai remarqué que la gérante était en train de former quelqu’un. J’en ai parlé à mes proches qui m’ont tous dit de tenter ma chance. J’ai donc envoyé un mail et, le destin a parlé, puisqu’elle recherchait effectivement encore une personne !

La gérante me connaissant en tant que cliente régulière, mais aussi grâce à mon compte Instagram et sachant que je partageais les mêmes valeurs m’a quasiment directement dit oui. Tout s’est alors fait très vite, j’ai donné ma démission au supermarché dans lequel je travaillais et j’ai rapidement pu quitter ma place !

Peux-tu nous expliquer pourquoi travailler « Chez Mamie » est plus durable?

« Chez Mamie » est en effet une petite chaîne d’épiceries où tout est proposé en vrac et bio ! On y trouve autant des produits alimentaires (produits secs, thé/café, fruits/légumes etc.) que des cosmétiques ou des produits d’entretien.

Parfois, les gens se demandent ce que signifie le concept du vrac et en quoi c’est réellement mieux. Eh bien, contrairement aux supermarchés traditionnels, vous venez avec (ou achetez) vos contenants et les remplissez de la quantité dont vous avez réellement besoin ! Pas de suremballages ni d’obligation d’acheter en grandes quantité. Nous recevons les produits en gros (sacs de 10kg, voire plus, de farine/pâtes/pois-chiche, paquets de 20 plaques de chocolats, bidon de 5l. de lessive etc.), on ne remplit donc pas les silos et bocaux avec des paquets de taille usuelles, promis !

Les produits proviennent le plus possible de Suisse et/ou de pays limitrophes, ainsi que d’exploitations où des conditions de travail respectueuses des employés, et bien entendu, de la nature, sont garanties.
Nous avons même plusieurs produits Demeter, c’est-à-dire issus de l’agriculture biodynamique.

En plus de ça, en faisant vos courses dans ces magasins, vous ne financez pas des personnes déjà passablement riches ainsi que des campagnes de pub, mais des personnes qui partagent vos valeurs !

Pas mal de monde pense qu’acheter bio et en vrac, c’est réservé aux personnes aisées, mais je vous assure que ce n’est pas le cas ! Si l’on compare ce qui est comparable, c’est-à-dire en rapport aux produits bio de supermarché, les prix sont moins élevés sur pas mal de produits !

Il faut aussi réaliser qu’en faisant ces courses dans un magasin comme celui-ci, on privilégie la qualité à la quantité. Les produits sont plus riches en nutriments et donc plus rassasiants. En plus de ça, on n’achète que ce dont on a réellement besoin, ce qui évite le gaspillage et on n’est pas tenté par plein de produits emballés de manière à nous donner envie. Que du bénéf’ pour le porte-monnaie et la santé !

Comment te sens-tu dans cette nouvelle vie?

Tellement bien ! Déjà, une chose toute bête mais incroyable, c’est qu’au travail, j’ai désormais la lumière du jour devant mes yeux et non plus de la lumière jaune artificielle et des caisses automatiques à surveiller ! Je peux sortir de la caisse et remplir les rayons, je peux me consacrer aux questions des clients, leur faire découvrir nos produits et leur donner des conseils. Tout ça en n’ayant plus à me retenir de faire telle ou telle remarque sur le fait que les produits animaux ne sont pas du tout bons pour la santé, que ce produit est bien trop emballé, que celui-ci contient plein de mauvaises choses, qu’il n’est pas bio etc.


Dans mon ancien job, j’étais la très grande majorité du temps à la caisse n.1, ce qui signifie que je ne bougeais jamais de ma caisse en dehors de la mise en rayon le matin, de mes pauses et de quand il fallait courir après un client parce qu’il avait oublié un article au bout du tapis de caisse.
J’étais donc constamment sollicitée par les clients qui venaient à ma caisse, devait surveiller les caisses automatiques devant moi, vérifier si je ne devais pas appeler les autres caissier.ères s’il y avait trop de monde, jeter un coup d’œil aux containers de tri pour les vider avant qu’ils ne débordent etc.

C’était passablement stressant, même si j’appréciais quand même de devoir gérer toutes ces choses et de me dire que j’avais un peu de « responsabilité ». Cependant, au bout de près de 10h de travail, le samedi à 18h j’étais lessivée. Et durant les vacances universitaires, malgré les examens, je travaillais très souvent 35-40h/semaine en essayant de réviser en rentrant le soir. Pas des plus aisé…

Maintenant, j’ai clairement moins de stress et ai plus de diversité dans mon travail : Caisse, remplissage des bocaux/silos/rayons, plus d’interactions avec les clients qui sont très inspirants (ce n’est pas où je travaillais avant que quelqu’un aurait partagé avec moi sa manière de faire de la kombucha ou du savon par exemple), nettoyages, etc. Et tout ça dans un environnement de travail beaucoup plus sympa et qui correspond à mes valeurs. En plus de ça, les heures de travail sont moins élevées, ce qui me laisse plus de temps pour mes études et m’a permis de prendre deux autres jobs pour l’Université qui sont de superbes opportunités que je n’aurais pu saisir si je travaillais encore dans un supermaché.

Niveau salaire, c’est totalement comparable ! Le très peu que je perds, je le gagne en qualité de vie !
Et puis une des meilleures choses, c’est le fait que les personnes qui travaillent avec moi, de même que les supérieurs, partagent les mêmes valeurs que moi. Et c’est tellement bien de pouvoir partager des choses tout en étant sur la même longueur d’onde. D’apprendre des choses aussi ! Bref, c’est incroyable !

Comme expliqué dans l’intro, tu tiens une page Instagram, tu es très impliquée dans diverses associations et écris régulièrement pour En Vert Et Contre Tout et j’en passe. Peux-tu nous dire ce qui motive ton engagement, voire ce militantisme?

Et bien je pense simplement à l’avenir de la Terre, aux futures générations et aux animaux.

Je pense qu’il est extrêmement important de sensibiliser les gens aux problématiques environnementales, mais aussi éthiques. Beaucoup ne se rendent pas compte des conséquences positives que certains changements dans notre mode de vie peuvent avoir ! De même, beaucoup ont l’impression que le changement individuel ne sert à rien si personne d’autre ne fait pareil, mais c’est justement pour cela qu’il faut militer, sensibiliser un maximum de personnes qui feront de même. 

Alors que ce soit pas les réseaux sociaux, le milieu associatif ou politique, ça vaut grandement la peine de s’engager pour ce que l’on croit !

Revenons sur greeneat.ch, depuis quand t’es tu lancée dans cette aventure et pourquoi?

Et bien, quand je suis devenue vegan, mes proches m’ont encouragé à partager les plats que je préparais, parce qu’ils donnaient envie ! Je ne savais pas trop dans quoi je me lançais au départ, mais j’ai commencé à poster mes photos de bols et ça a bien marché ! J’ai pu rencontrer des personnes qui partageaient le même mode de vie que moi en Suisse et montrer à d’autres que la nourriture vegan ne se limitait pas aux salades et graines. J’ai même créé un blog pour partager mes recettes ainsi qu’une chaîne Youtube, mais ça me demandait trop de temps que j’ai finalement préféré consacrer à d’autres choses plus « utiles ».

Désormais, je publie moins fréquemment de photos sur mon compte instagram, mais j’utilise quotidiennement mes stories pour partager plein d’info’ sur la protection de l’environnement, mais aussi des sujets politique etc.

Plusieurs dizaines de personnes m’ont déjà dit que mes publications les avaient sensibilisées à plusieurs sujets environnementaux/éthiques et que grâce à ça, ils avaient en partie modifié leur mode de vie (réduire sa consommation de produits animaux / passer au zéro déchet au maximum / manger local et de saison etc.). C’est vraiment ce qui me motive à partager tout ça sur les réseaux sociaux !

As-tu un message à donner aux étudiants qui cherchent un job?

Premièrement, avoir un job à côté des études c’est vraiment super important. Que vous ayez besoin d’argent ou non, ça permet de mettre un premier pied dans le marché du travail, de se créer un réseau et de sortir un peu du cadre des études. Pour la petite anecdote, c’est même là que j’ai rencontré l’avocat qui sera mon maître de stage. Comme quoi les petits jobs, même dans des supermarchés, ça peut réellement déboucher sur de superbes occasions.

Sinon, je dirais que vu le marché du travail actuellement, postulez partout où vous le pouvez et n’hésitez surtout pas à postuler de manière spontanée. Certains endroits ne font pas de petites annonces, mais il suffit que votre dossier arrive entre leurs mains au bon moment et c’est gagné ! Si vous avez des endroits où vous êtes un.e habitué.e, alors ne vous retenez pas une seule seconde. Mentionnez-le dans votre lettre de motivation et les personnes qui la liront sauront qui vous êtes et que vous connaissez déjà le lieu/les produits et vous contacteront sûrement en priorité si elles cherchent quelqu’un pour un job. Pareil pour les valeurs qui vous sont chères, si vous êtes vous-même un.e adepte du bio et du vrac, et bien mentionnez-le dans vos lettres de motivation pour les commerces de ce genre !

Parfois, en tant qu’étudiant.e, on est obligé d’accepter ou de continuer dans un job qui ne nous correspond pas totalement. J’ai eu à le faire et j’ai déjà reçu des témoignages de personnes vivant la même chose. Et ce que je me dis, c’est qu’on n’a malheureusement pas toujours le choix ! Dans tous les cas, il faut vous dire que l’argent que vous gagnez, vous le dépensez de manière responsable et vous avez le pouvoir de faire des remarques à votre supérieur.e, vos collègues et même les clients sur des sujets touchant à l’environnement. Rien que le fait de faire remarquer à quelqu’un qu’il n’a pas besoin d’emballer tous ses fruits et légumes de manière individuelle ou, mieux encore, qu’il peut apporter son propre sac, c’est top et ce n’est pas un.e autre étudiant.e insensible à la protection de l’environnement qui ferait de telles remarques.

Profitez donc de votre place de travail pour sensibiliser au maximum les gens qui vous entourent, comme vous le faites en dehors !

Que vous travailliez dans un petit magasin bio-vrac ou que vous soyez dans une grande entreprise aux pratiques allant à l’encontre de certaines de vos valeurs, quand on cherche un job d’étudiant.e, on ne peut toujours se permettre de faire le/la difficile. L’important c’est surtout de garder ses précieuses valeurs et d’essayer de les transmettre plus loin !

Propos recueillis par

Leïla Rölli