VOTATIONS SUISSES: VACHES AVEC OU SANS CORNES?

Cloé nous éclaire sur ce sujet soumis au vote le 25 novembre 2018

« C’est vraiment trop affreux l’écornage. Les animaux souffrent tellement… Ah, j’ai prévu du tartare de bœuf pour ce weekend si jamais ! »

« Il n’y a vraiment qu’en Suisse que l’on pourrait vouloir ajouter dans la Constitution une règle sur les cornes des vaches ! Mieux vaut se préoccuper de choses plus importantes. »


Vous l’aurez compris, aujourd’hui j’ai décidé de vous parler d’un des sujets des votations sur lesquelles nous voterons en Suisse le 25 novembre : L’initiative « Pour la dignité des animaux de rente agricoles (Initiative pour les vaches à cornes) » lancée le 28 septembre 2014 et qui a pu être soumise au vote du Peuple grâce à près de 120’000 signatures valables.

Je ne suis pas là pour vous dire s’il faut voter oui ou non, mais plutôt pour vous donner mon ressenti en tant que végane/antispéciste (qui ne correspondra peut-être pas à celui des autres, c’est pourquoi je parle toujours en MON nom).

Sans rentrer trop dans les détails, cette initiative vise à avantager financièrement les éleveurs décidant de laisser leurs cornes aux vaches. Attention, cet avantage ne sera pas octroyé à ceux qui choisissent d’élever des animaux génétiquement non-dotés de cornes.

Voici plus précisément le texte soumis au vote :

La Constitution est modifiée comme suit:
Art. 104, al. 3, let.b 3
Elle [la Confédération] conçoit les mesures de sorte que l’agriculture réponde à ses
multiples fonctions. Ses compétences et ses tâches sont notamment les suivantes:
b. elle encourage, au moyen de mesures incitatives présentant un intérêt économique, les formes d’exploitation particulièrement en accord avec la nature et respectueuses de l’environnement et des animaux; ce faisant, elle veille en particulier à ce que les détenteurs de vaches, de taureaux reproducteurs, de chèvres et de boucs reproducteurs soient soutenus financièrement tant que les animaux adultes portent leurs cornes;

Beaucoup d’interrogations surgissent quant à cette initiative, je vais donc vous parler de quelques-unes :

« Un article sur les cornes des vaches n’a rien à faire dans la Constitution. »

Là c’est la juriste qui est en moi qui va parler. Mais oui, cet article a toute sa place dans notre Constitution. Pourquoi ? Eh bien tout simplement car dans le système helvétique, passer par une modification de la Constitution est le meilleur moyen pour la population de pouvoir modifier le système légal. Et puis bon, vu la composition de notre Parlement, une prise de décision de ce genre ne viendra très sûrement pas d’eux…

« Les cornes ne sont que des « ornements », au final pas tellement utiles pour les animaux. »

J’ai eu la chance de pouvoir écouter une présentation sur les cornes et je peux vous assurer qu’elles sont sérieusement utiles pour les animaux : Moyen de communication, permettent de se refroidir quand il fait trop chaud, de se gratter entre elles. Et puis, une chose qui m’a vraiment surprise, c’est que les cornes ne sont pas comme nos ongles, elles sont remplies de terminaisons nerveuses et irriguées de sang. Quand les vaches ruminent, des gaz s’échappent et se déplacent dans leurs cornes. C’est d’ailleurs pour ça que les vaches sans cornes ont tout de même des petites bosses qui se forment sur leur crâne : Ce sont les gaz qui font pression.
Les cornes sont donc réellement utiles aux vaches, ce n’est pas pour rien qu’elles en ont…

« Accepter cette initiative, c’est une atteinte envers la sécurité des éleveurs et des personnes travaillant avec ces bêtes (vétérinaire notamment). »

Des accidents avec des animaux d’élevage, il y en a, qu’ils aient leurs cornes ou non. J’ai entendu autant de personnes dire qu’elles avaient eu des accidents avec des vaches qui avaient leurs cornes que celles qui n’en avaient pas. Et finalement, quand on y pense, cet argument signifie que l’on met la priorité sur les personnes qui exploitent les animaux plutôt que sur les animaux eux-mêmes : On leur coupe les cornes parce que sinon les exploiter devient trop dangereux. On aura vu mieux niveau « bien-être animal ».
 Couper leurs cornes aux vaches ou privilégier les races sans cornes, c’est une simple volonté de profit plus facile, c’est ôter une particularité physiologique des animaux pour faciliter leur usage de « choses à notre service ».
Et concernant l’argument du risque de blessures entre animaux, il faut savoir que, comme je l’ai dit avant, les animaux se servent de leurs cornes comme moyen de communication. Il est clair qu’elles peuvent se blesser avec, mais si l’élevage leur permet d’avoir assez d’espace, ce genre de choses ne devrait que peu arriver.


« Subventionner les éleveurs laissant leurs cornes aux vaches favoriserait les élevages avec un plus petits nombres d’individus par surface. »

En effet, voter oui à cette initiative, c’est faire un premier pas vers un élevage moins intensif (sujet sur lequel on devrait d’ailleurs voter ces prochaines années. Signez l’initiative si ce n’est pas encore fait ) et donc moins d’animaux par m2 !

Certains détracteurs disent qu’au contraire les éleveurs attacheraient plus leurs bêtes, mais sauf erreur, ils reçoivent des subventions pour la stabulation libre, ce serait donc assez absurde de décider de recevoir une subvention tout en décidant de ne pas en garder une.

« L’écornage fait professionnellement et sous anesthésie, ce n’est pas douloureux pour l’animal. »

Totalement faux. Sur le moment, certes, les animaux sont souvent sous anesthésie et cela se fait quand ils sont encore tout petits, mais la douleur continue plusieurs mois après. Comme je l’ai dit plus haut, les cornes sont remplies de terminaisons nerveuses et le fait de les brûler ou les enlever leur provoque réellement une intense souffrance. Cela a d’ailleurs été mis en avant pas l’Université de Berne. 
Bref, je pense que l’on ne peut pas avancer sérieusement l’argument selon lequel les animaux ne souffrent pas de l’écornage.

« Les éleveurs voulant bénéficier de cette subvention devront procéder à des aménagements de leurs espaces de stabulation libre. »

Encore heureux que les espaces soient aménagés en fonction de la physiologie des animaux ! C’est là que l’on voit que oui, la Suisse a une législation stricte concernant le bien-être des animaux, mais qu’au final on a une conception encore très grégaire du « bien-être animal ».

Finalement, ce que j’aimerais personnellement mettre en avant quant au débat sur cette initiative, c’est le nombre de personnes qui s’inquiètent de la souffrance des animaux liées à l’écornage alors qu’ils en consomment tous les jours, que ce soit sous la forme de viande ou d’autres produits dérivés des animaux.

N’est-ce pas en quelque sorte absurde de débattre sur une pratique que l’on dit douloureuse pour les animaux tout en participant à la mort de plus de 70 millions d’entre eux chaque année en Suisse en payant des personnes pour le faire ? D’ailleurs, réalisez-vous que l’écornage n’est pas pratiqué sur les taurillons que nous retrouvons dans nos assiettes sous la forme de bœuf, car abattus après quelques mois seulement, leurs cornes ne sont pas encore assez développées pour être trop « dangereuses » ?

Cette initiative peut être considérée comme « welfariste ». C’est-à-dire qu’elle ne vise pas la fin de l’exploitation animale, mais plutôt à améliorer le bien-être des animaux durant leur exploitation, tout en acceptant le fait qu’ils seront mis à mort après quelques temps.

Dilemme cornélien

En votant, en tant que défenseur de la cause animale, on se retrouve à mon avis face à un dilemme : Voter oui et donner de l’argent aux personnes qui exploitent les animaux mais le font d’une manière moins « douloureuses » pour eux / Voter non et décider de ne pas subventionner plus les personnes exploitant les animaux, ceci tout en sachant que ça ne favorisera pas un plus grand « bien-être » animal concernant la pratique de l’écornage / S’abstenir et risquer de faire croire que la question animale n’intéresse pas la population suisse.

À vous de faire votre choix !

Je dirais qu’importe la position que l’on choisit, au moins cette initiative aura eu le mérite de mettre les animaux un peu en avant dans le paysage politique suisse et j’espère que cela continuera avec des propositions encore plus fortes.
En attendant, n’oubliez pas également de signer et faire signer l’initiative contre l’élevage intensif  en cliquant ici!

 

Cloé Dutoit