JOËLLE: DE LA COMMUNICATION À LA SAUVEGARDE DES FONDS MARINS

Retour "vert" le futur: récits de reconversions vers la durabilité

« Retour VERT le futur » n’est pas uniquement un nouveau jeu de mot douteux avec notre couleur favorite, c’est surtout une jolie série de portraits de femmes et d’hommes qui ont opéré une reconversion professionnelle ecofriendly!

JOËLLE: DE LA COMMUNICATION À

LA SAUVEGARDE DES FONDS MARINS

Salut Joëlle!

Merci d’avoir accepté de participer à cette série de portraits de personnes qui ont fait un virage dans leur carrière au profit d’une activité tournée vers la durabilité!

Dans ton CV bien fourni, on peut lire que tu as été, entre autres, responsable promotion et partenariat pour Couleur 3 (RTS) et « Partnership, PR & Events Executive » Suisse Romande pour la compagnie d’aviation Swiss… il y a quelques mois tu as tout lâché pour partir à la rescousse des coraux en suivant une formation de Scientific Dive Master en Indonésie. Raconte-nous!

Photo: Anne Bichsel

Pourrais-tu te présenter et nous parler de ta « vie d’avant »?

J’ai maintenant entamé mon tiers de siècle, et également ma « troisième naissance », changeant de direction assez fréquemment dans ma vie. A la fin de ma scolarité, je voulais devenir infirmière, mais au milieu de mes études paramédicales je me suis rendue compte que c’était la communication/journalisme qui me plaisaient, grâce aux études et à mon professeur de français. Le premier tournant de ma vie a alors été de recommencer des études, avec un apprentissage et une maturité commerciale à la Radio Suisse Romande (maintenant RTS – Radio Télévision Suisse). Celui-ci m’a permis de tomber amoureuse de la culture, du monde médiatique et de me fixer l’objectif de devenir Responsable de communication pour Couleur 3, mon job de rêve.

Rêve que j’atteins 6 ans plus tard, après des études en communication à Polycom, et différentes expériences dans les festivals de Suisse romande. Après 4 ans et demi passés dans le poste, forte de l’expérience accumulée, des contacts établis et d’une vie où ma vie professionnelle et privée se mélangeaient, j’ai décidé de tout quitter pour entamer cette fois-ci une reconversion personnelle, en voyageant durant 1 année sac au dos, principalement en Asie du Sud Est. Ce voyage m’a permis de rencontrer des personnes exceptionnelles, de tous horizons, de voir mon goût pour la nature et les animaux s’accroître, et de découvrir la plongée sous-marine, moi qui étais déjà passionnée par l’océan et prenant mon pied rien qu’en nageant avec mon masque et tuba.

Lors de mon retour en Suisse, je savais déjà que j’allais repartir à moyen terme afin de compléter mon Divemaster (première certification professionnelle en plongée), après avoir retrouvé un travail pour renflouer mes poches. Voulant quitter le microcosme médiatico-culturel romand, il m’a fallu 9 mois pour retrouver un poste, en tant que Responsable sponsoring, événementiel et partenariats chez Swiss International Air Lines, dans les bureaux genevois.

Peux-tu nous parler de ton expérience dans ton dernier emploi? Ce que tu as apprécié, ce qui t’a interpelée? Ce qui t’a donné envie de changer de voie?

La compagnie aérienne SWISS m’attirait, de par son image, son statut de compagnie nationale et évidemment son domaine d’activités : les voyages. Je me suis plongée dans un univers que je ne connaissais pas du tout, avec les spécificités et complexités du monde aérien, et, grand changement par rapport à Couleur 3 qui est un média de service public, les objectifs commerciaux.

La découverte des coulisses de l’aéroport de Genève, l’organisation d’événements de grande ampleur, la collaboration avec les collègues du siège zurichois et l’environnement anglophone ont été captivants, sans oublier la rencontre d’incroyables collègues passionnés, qui sont maintenant des amis proches. Étant une entité de SWISS à Zurich, nous nous sommes tous serrés les coudes dans nos bureaux genevois, et l’ambiance était familiale et conviviale.

Cette bonne entente et atmosphère étaient pour moi essentielles, adorant retrouver mes collègues tous les jours. En tant que « airliner » j’ai eu la possibilité de voyager énormément à des tarifs très avantageux, n’hésitant pas à partir au Mexique, en Tanzanie, en Afrique du Sud, au Costa Rica, aux îles Fidji et j’en passe, en sautant dans l’avion s’il n’était pas complet, pouvant satisfaire mon envie de plongée, toujours aussi présente.

À chaque fois que je revenais d’un voyage, le vague à l’âme m’envahissait car le monde sous-marin me manquait déjà, et l’idée de faire ma formation de Divemaster était encore bien ancrée dans ma tête. Alors, après deux ans d’expériences, j’ai décidé de quitter SWISS. J’avais mené de beaux projets, et sentais que mes possibilités d’évolution étaient limitées, mais avant tout, un conflit interne s’était réveillé en moi, voulant aider la nature et non la polluer. Je sentais que je devais faire ma part pour la nature et sa protection, ayant toujours été guidée dans ma vie par mes tripes et mes passions.

Comment as-tu pris ta décision? Pourquoi l’océan? Comment t’es-tu organisée?

Je sentais que je n’étais plus épanouie et commençais à me plaindre fréquemment de mon travail. Et si j’avais le temps de me plaindre, j’avais donc également le temps de changer quelque chose dans ma vie. La vie est trop courte pour ne pas la vivre pleinement. Vu que cette idée de Divemaster ne m’avait pas quittée, ma prochaine étape était évidente. De plus, adorant la nature et ses habitants, il était clair pour moi que si je devenais plongeuse professionnelle, c’était non pas pour guider des touristes, mais pour contribuer à la protection de la nature.

Le monde sous-marin est si fascinant, son écosystème si diversifié et fragile, et son rôle tellement important – car il est l’un des poumons de la planète – il était évident que je voulais m’engager pour lui.

Et deuxièmement, les océans sont plus que jamais menacés, entre le réchauffement climatique augmentant leur température et accélérant le blanchissement des coraux, et les plastiques et autres polluants amenés par l’homme, qui tuent des milliers d’espèces. Pour ceux qui ont regardé les épisodes de Blue Planet, vous comprendrez que ce monde est absolument fascinant et essentiel pour notre planète terre. Ayant économisé ces deux dernières années, j’avais assez de budget pour vivre sans revenu ces 8 prochains mois, et ai organisé la sous-location de mon appartement à Lausanne.

Aujourd’hui tu as donc un diplôme de « plongeuse scientifique » quelles sont les étapes pour y parvenir?

Avant toute chose, il est déjà important d’avoir de l’expérience en plongée, afin de devenir un « bon plongeur », pouvant naviguer dans de forts courants, avec peu de visibilité et dans des températures froides notamment. Plonger dans différents pays, avec différents centres de plongée pour comprendre leur fonctionnement a été très enrichissant et à mon avis essentiel pour m’améliorer.

Et deuxièmement, il faut passer 3 certifications PADI, à savoir l’Open Water, l’Advanced et le Rescue Diver, les connaissances théoriques et compétences acquises lors de ces cours étant capitales. Ma certification de plongeuse scientifique est accompagnée de celle de Divemaster ; il s’agit d’un programme de 6 semaines au total (proposé spécialement par Blue Corner Dive, Nusa Lembongan ), divisé en 4 semaines scientifiques et 2 semaines pour compléter le Divemaster.


Pendant les semaines scientifiques, nous avons appris à affûter nos compétences de plongeur, avec des cartographies de sites sous-marins, la reconnaissance des différentes espèces de poissons, invertébrés et substrats, l’analyse de la santé de récifs coralliens et la restauration de coraux.

Puis pendant le Divemaster, nous avons assisté les instructeurs donnant des cours. appris à démontrer plus d’une vingtaine de compétences que chaque plongeur doit pouvoir maîtriser, aidé à la bonne marche du centre de plongée, et guidé indépendamment lors de plongées récréatives. Pour ceux qui aimeraient en savoir plus, vous pouvez lire les étapes de ma formation sur mon blog Jojo Jungo parmi les bulles et les coraux 🙂

 En quoi consiste ton travail? Comment se passe une journée type?

J’ai maintenant obtenu la certification de « Eco Divemaster », mais je ne travaille pas encore 🙂 Dès mi-janvier, je serai pendant 4 mois à Bornéo sur l’île de Pom Pom avec l’organisation TRACC, afin d’aider à restaurer le récif corallien et obtenir un diplôme de Cambridge en sciences marines.

Les journées seront là aussi divisées entre l’apprentissage théorique, mais également pratique avec la construction de structures pour y attacher des morceaux de coraux fragmentés, qui grandiront ensuite pour devenir des récifs à part entière et attirer la faune sous-marine.

« Il faut savoir que les récifs coralliens ne couvrent que 0.1% du monde sous-marin, mais abritent plus de 25% de la biodiversité marine mondiale ! »

J’avais écrit un article spécifique sur le projet de restauration de corail mené par Blue Corner Conservation Dans quelques mois, je pourrai avec plaisir vous raconter une journée type sur l’île de Pom Pom, où mes connaissances vont encore plus s’agrandir !

Tu es donc aux premières loges pour constater les dégâts causés par l’humanité sur les fonds marins. Que peux-tu nous en dire?

Effectivement, lors de nos plongées nous constatons avec désarroi les récifs coralliens détruits par des ancrages, ou encore à cause de la construction de plateformes flottantes, comme des mini parcs aquatiques destinés spécifiquement à un certain type de touristes, qui ravagent les fonds marins.

Sans oublier tous les déchets se retrouvant sous l’eau, tombant de ces plateformes ou encore amenés de Bali par les courants marins. C’est navrant. Et c’est pour cela que nous organisons des nettoyages de sites de plongée, avec le projet PADI Aware, et que nous avons également appris lors de notre formation à analyser des récifs coralliens, notant spécifiquement l’état de santé des substrats, le nombre d’espèces de poissons recensés ainsi que les dégâts et dommages constatés.

Ces analyses sont menées régulièrement afin d’observer l’évolution ou la dégradation d’un site donné, pour ensuite créer un rapport remis aux autorités politiques, qui peuvent mettre en place de nouvelles lois sur les ancrages ou protéger de nouvelles zones. La bonne santé de l’écosystème sous-marin est également très importante pour le tourisme d’une région, c’est par ce biais que le gouvernement peut être mis sous pression !

« Et nous pouvons aussi constater la surpêche de certaines espèces, comme les mérous, dont nous ne voyons que rarement des spécimens de plus de 30cm, les plus grands se retrouvant dans les assiettes. »

C’est pour cela qu’il est essentiel, si vous décidez de manger du poisson, de s’assurer qu’il a été pêché dans des MPA (Marine protected areas) qui limitent la surpêche, ou que le poisson possède un label MSC, qui régule la pêche de manière durable.

Lors de tours organisés, veillez aussi à ce que l’agence briefe les touristes de manière responsable, en montrant comment faire du snorkeling en respectant l’environnement : ne pas donner à manger aux poissons pour les attirer, ne pas chasser ou plonger par dessus des raies manta pour avoir la meilleure vidéo postée sur instagram, garder ses distances avec la faune sous-marine et ne rien toucher, que ce soit avec les palmes ou les doigts! Et enfin, essayer de limiter aussi notre consommation de plastique, en achetant une gourde qui peut être remplie dans plusieurs restaurants/guesthouses et refuser les pailles. Ce ne sont là que quelques actions qui, si elles sont suivies par une majorité, peuvent aider l’environnement de manière significative.

Peux-tu nous parler de l’engagement des associations locales?

Ici à Nusa Lembongan, le tourisme est en majorité responsable et il y a nombre d’associations et centres de plongée qui travaillent dans ce sens. Marine Megafauna Foundation a par exemple un bureau ici, aidant à protéger les raies manta, les requins baleine et les tortues.

Andrew Taylor, le biologiste marin et cofondateur de Blue Corner Dive, veut développer son projet de restauration de récifs coralliens et va demander à tous les centres de plongée de l’aider à sa tâche, durant une journée d’atelier. Il faut savoir que la majorité des Divemasters des centres de plongée de Nusa Lembongan, et même des instructeurs, sont des locaux, et cette action où chacun peut aider à augmenter la santé de l’écosystème tout en voyant que l’activité peut être fun. C’est un projet génial et je suis ravie d’avoir fait ma formation dans ce centre.

De plus, quasiment tous les restaurants locaux dans lesquels je vais ne proposent pas de paille en plastique, et il est aisé de manger végétarien, le tofu et tempe étant très courants ici.

Évidemment, il reste quelques centres de plongée et particulièrement des agences organisant des tours en snorkeling qui n’ont pas encore conscience du respect de l’environnement, mais nous espérons que les mentalités changeront. Il est aussi rassurant de savoir qu’un biologiste marin fait partie du gouvernement de Bali.

Comment vis-tu? As-tu des revenus ou est-ce du bénévolat?  Combien de temps dure cette mission?

Je vis actuellement sans revenu, ayant économisé suffisamment pour pouvoir être autonome pendant 8 mois et demi. J’ai effectivement payé ma formation, la majorité des frais représentant les certifications PADI (j’ai acquis plus de 9 certifications en 6 semaines) afin de devenir Master Scuba Diver et Divemaster. Je vis dans une chambre que je paie un peu plus de CHF 200.-/mois et essaie de manger tous les jours pour environ CHF 10.- par jour.

Maintenant que j’ai fini ma première étape, je vais voyager un peu, puis démarrer le chapitre suivant à Bornéo, avec l’organisation TRACC, durant 4 mois. Là aussi je paie mon logement, ma nourriture et le diplôme final, mais les frais totaux pour 4 mois ne sont pas énormes, comparés à tout ce qui nous est donné et le niveau intense de formation que nous allons recevoir (au total, je paie CHF 5000.- pour toute la durée du séjour sur l’île).

Je prévois de revenir en Suisse fin mai 2019, dans l’espoir de pouvoir m’occuper de projets relatifs à la conservation, dans une ONG. Le fait de mettre à profit mes compétences dans la gestion de projet et mes nouvelles connaissances acquises en sciences marines au service d’une organisation internationale serait mon prochain rêve. On verra alors bien où la vie me mènera, étant prête également à devoir me délocaliser durant quelques temps.

Les lecteurs d’En Vert Et Contre Tout te connaissent déjà grâce à ta chronique culinaire, vegan et sans gluten « Jojo aux fourneaux ». À quand remonte ta prise de conscience écolo et comment t’es tu dis que toi aussi tu avais un rôle à jouer.

Ma prise de conscience remonte à juin 2015, alors que j’étais au milieu de mon voyage en backpack en Asie du Sud Est. Dans la campagne viêtnamienne, j’avais rencontré un autre voyageur avec lequel nous avions pédalé pendant une dizaine de kilomètres afin de déguster le meilleur poulet du monde, rien que ça !

Arrivés dans cette ferme, nous pouvions choisir notre poulet, le tuer puis le déguster. Je ne me rendais pas compte à quel point cette deuxième étape allait profondément me changer. Quand la propriétaire nous a dit que nous pouvions maintenant choisir de couper le cou du poulet élu, il était impossible pour moi d’envisager de tuer ce poulet de mes propres mains. Je me suis alors dit que si je ne pouvais pas tuer ma viande moi-même, pourquoi je pourrais la manger ?

J’étais totalement couarde et n’ai plus eu envie de manger de viande. Surtout en Asie, quand on aperçoit les bœufs et poulets en bord de route, rachitiques et déplumés . Les options végétariennes – quand elles sont disponibles car ce n’est pas toujours le cas selon les pays – sont toujours plus sensées.

Quand je suis revenue en Suisse, j’ai décidé de ne cuisiner que vegan, ayant trouvé un site proposant de magnifiques recettes végétaliennes, majoritairement asiatiques. Le fait de ne plus acheter de viande, ni poisson, ni produits laitiers était pour moi ma contribution pour la planète, préférant que les ressources utilisées pour l’élevage intensif (grains, eau, …) soient utilisées pour alimenter les êtres humains. Je ne suis pas non plus extrême, et je me considère plutôt flexitarienne, pouvant manger de la viande ou du poisson chez des amis en Suisse ou si je n’avais pas le choix, de manière exceptionnelle. Mais depuis que je suis de retour en Asie, je ne me nourris que de tofu, tempe et légumes, la cuisine étant délicieuse et l’offre végétarienne étant très riche.

Ce n’est pas ton premier voyage « ecofriendly », lors d’un précédent périple tu as travaillé dans un hospice pour éléphants, comment était-ce?

Effectivement, lors de mon voyage d’une année en 2015, j’ai passé 1 mois dans un sanctuaire pour éléphants en Thaïlande, à Kanchanaburi, ayant toujours été fascinée par ces pachydermes à l’intelligence émotionnelle exceptionnelle. C’était intense, non seulement car les températures approchaient les 45 degrés, sans électricité et que le travail était dur, devant couper des bananiers et préparer des immenses rations de sticky rice enrichis de nutriments pour les plus vieux éléphants n’ayant plus de dents, mais également car le fait de voir ces éléphants traumatisés par leur vie précédente m’a brisé le cœur.

La relation entre l’humain et l’éléphant n’est pas naturelle, l’éléphant étant un animal sauvage. Si nous pouvons les approcher, c’est parce qu’ils ont été traumatisés et battus depuis leur enfance, afin de les rendre dociles, et surtout apeurés de l’être humain.

« L’éléphant n’est pas un cheval, et grimper sur le dos d’un éléphant, assis qui plus est sur une chaise, dommage leur dos, qui ne peut supporter que 100kg au grand maximum, leur colonne vertébrale étant sensible. »

Et l’éléphant doit manger environ 10% de son poids de manière quotidienne, il faut donc qu’il mange beaucoup. C’est comme si un être humain de 70kg devait manger 7kg par jour. Leur activité principale est alors de se nourrir, et non pas balader des touristes qui leur donnent de temps en temps 2-3 bananes.

Ces éléphants arrivaient donc au sanctuaire maigres, avec des blessures causées par les chaises, le dos non plus arrondi mais aplati, complètements traumatisés et se balançant de gauche à droite, d’avant en arrière. Ils ne pouvaient plus être utilisés dans l’industrie du tourisme car trop vieux, ils étaient alors donnés au sanctuaire, mais des fois le sanctuaire devait même acheter l’éléphant, pour être sûr que ses derniers jours soient un peu plus heureux.

En tant que volontaires, nous guidions les touristes afin de leur parler des éléphants, des maltraitances qu’ils avaient vécues, et nous leur demandions de nous aider à les nourrir. Cette expérience était très enrichissante, adorant changer la perception des touristes afin qu’ils diffusent notre message à leurs proches (« n’allez jamais faire des treks à dos d’éléphant »), guider en anglais et construire une relation privilégiée avec les éléphants et leur mahout/cornak.

L’idéal serait qu’il n’y ait plus d’attractions avec des éléphants, ni de sanctuaire, et que les éléphants soient laissés à l’état sauvage. Si vous voulez en savoir plus sur ce mois passé parmi ces animaux grandioses, vous pouvez lire mes articles de l’époque dans la rubrique de mon site Jojo-au-service-de-dumbo.

Comment te sens-tu dans cette nouvelle vie?

Je suis déjà ravie de manquer l’hiver suisse 😉 Mais oui, le fait de plonger tout en aidant les actions de conservation est absolument enrichissant. On essaie de sauver le monde, un corail après l’autre !

Si un morceau de corail que j’ai attaché à sa structure peut se développer et attirer des espèces de poissons, permettant de renforcer l’écosystème d’un site donné au bout de quelques années, ce serait génial ! Le fait de me sentir utile pour la planète n’a pas de prix. L’aspect financier est certainement présent, et j’espère pouvoir gagner un revenu en pouvant allier ma passion et un travail, mais celui-ci ne prédomine pas. Ces 8 mois sont un investissement pour mon futur, et j’ai confiance dans le fait qu’ils me serviront à trouver une position stable dans laquelle je peux m’épanouir et faire ma part pour l’environnement.

En Suisse, me lever à 6h30 est une bataille, et travailler 6 jours par semaine serait impensable. Ici en Indonésie, je me réveille naturellement quand le soleil chauffe ma chambre, autour de 6h15, et un jour off par semaine me suffit, adorant tant plonger et faire partie du monde sous-marin. On passe la majorité de notre vie au travail, autant être épanouis dans celui-ci ! Je me rends compte également que j’ai énormément de chance d’avoir pu économiser pour vivre ma passion et voyager, tout en ayant une structure sociale en Suisse qui pourra m’aider à retrouver un travail.

Nous sommes des privilégiés, c’est certain ! Il est également très enrichissant de connaître d’autres voyageurs ayant les mêmes intérêts, les contacts se faisant facilement et naturellement, étant mus par la même passion. Je dois toutefois avouer que mes proches me manquent, c’est pour ça que je projette de revenir en Suisse et essayer de trouver un travail dans une ONG, me permettant d’allier ma vie sociale et ma passion. Et essayer également de rendre le lac Léman salé, pour y implanter des récifs coralliens attirant des poissons tropicaux ;-P

As-tu un message à donner aux personnes qui comme toi aimeraient tout quitter pour être actives sur le terrain?

Sautez le pas! Écoutez vos tripes et suivez-les ! Les seules barrières qui nous empêchent de réaliser nos rêves sont celles que nous construisons nous-mêmes. L’être humain peut s’adapter à tout, et sortir de son confort est une expérience absolument enrichissante ; nous n’avons pas besoin de tant de matérialité, ce sont les expériences et les rencontres qui nous rendent riches et épanouis. Oui, j’ai de la chance d’avoir pu suivre ma passion, mais ce sont des choix également, du travail pour économiser et je me suis donné les moyens de pouvoir faire ce dont j’avais vraiment envie.

 

Le mot de la fin?

La période de noël approchant, si vous voulez offrir un cadeau utile, et non matériel, je vous encourage à aller sur le site de Marine Magafauna Foundation notamment, pour adopter une raie manta, qui les aidera à développer leurs recherches pour protéger les espèces.
Et si vous avez des questions, des interrogations, des commentaires, n’hésitez pas à me contacter ! joelle.jungo@gmail.com et sur instagram @jojojungo.

Propos recueillis par

Leïla Rölli