NEUCHÂTEL, CANTON BIENTÔT SANS PESTICIDES DE SYNTHÈSE? LE POSTULAT DE CÉLINE VARA

Une interview réalisée par Cloé Dutoit

Avertissement: En Vert Et Contre Tout est et restera toujours un site apartisan et, de ce fait, il ne s’apparente à aucun parti. Notre rôle est de décrypter l’actualité politique lorsque celle-ci s’intéresse à l’écologie.

Bonjour !

Je vous propose aujourd’hui un article un peu différent : Une interview d’une personnalité politique suisse autour d’une question touchant à la protection de l’environnement ! 

En effet, Céline Vara, députée au Grand Conseil neuchâtelois et vice-présidente des Verts Suisse a déposé en novembre 2018 un postulat intitulé :

« Neuchâtel, un canton bientôt sans pesticides de synthèse ? »

Ce postulat co-signé par une vingtaine d’autres député.e.s demande à ce que : « Le Grand Conseil propose au Conseil d’État d’étudier l’opportunité de prendre des mesures ou de légiférer sur l’interdiction d’utiliser des pesticides de synthèse et d’établir un rapport sur les résultats de son étude, accompagné, cas échéant, de propositions. » et s’inscrit donc clairement dans la lutte contre la sixième extinction de masse que nous vivons actuellement, avec comme tragique exemple la disparition de près de 80% des insectes en Europe et d’un tiers des oiseaux de campagne en France.

Voici donc les quelques questions que j’ai posées à Céline à propos de son postulat ! :

Cloé : Bonjour Céline et merci infiniment d’avoir accepté de répondre à mes questions pour En Vert Et Contre Tout ! Premièrement et tout bêtement, pourquoi avoir lancé ce postulat ?

Céline Vara : La lutte contre les pesticides de synthèse fait partie de l’ADN des Verts. Un nombre incalculable d’études démontrent leur nocivité tant pour l’homme que pour la faune et la flore. Avant l’avènement de la pétrochimie, nos paysannes et paysans faisant sans. Les exploitations bio, qui connaissent un succès grandissant, démontrent qu’il est tout à fait possible de s’en passer. Les politiques ne bougent pas et sans doute que les fortunes que rapportent le commerce de ces produits y est pour quelque-chose. La question est : combien de bébés malformés faudra-t-il encore avant que l’on ait le courage de mettre fin à ce scandale sanitaire ?

Cloé : Ne faudrait-il pas interdire tous les pesticides plutôt que seulement ceux dits « de synthèse » ? 

Céline Vara : L’agriculture bio fait appel à un certain nombre de produits dits « pesticides » puisqu’ils viennent à bout de nuisibles et de maladies, mais qui sont naturels. Ces pesticides-là, utilisés dans les règles de l’art, ne sont pas nocifs pour l’environnement et notre santé, mais bien utiles pour préserver les récoltes.

Cloé : Neuchâtel comporte déjà pas mal d’exploitations bio, est-il vraiment nécessaire d’interdire totalement l’utilisation de pesticides de synthèse ou ne vaudrait-il pas mieux inciter encore plus les agriculteurs.trices à se tourner d’eux-mêmes vers le bio ?

Céline Vara : Dans un monde idéal, l’Homme se rend compte seul qu’il va dans la mauvaise direction et prend toujours les décisions les plus sages. Nous ne vivons pas dans un monde idéal et les Verts ne sont pas naïfs : l’expérience a démontré que les « mesurettes » incitatives ont leurs limites et sont rarement très efficaces. Par ailleurs, dans un marché libéralisé, certain-e-s paysan-ne-s sont sous pression pour produire toujours plus, sinon ils ne parviennent pas à joindre les deux bouts. Cette réalité ne doit pas être occultée et il s’agit de mettre en place un accompagnement – par exemple sous la forme de subventions ou encore de formations – qui permette d’opérer avec certitude et dans un délai court ce changement, avec le soutien entier des actrices et acteurs concerné-e-s.

Cloé : Certain.e.s agriculteur.trice.s sont contre le fait d’interdire les pesticides de synthèse, comprends-tu leur crainte de devoir se passer de ces produits qui ont, certes, révolutionné l’agriculture il fut un temps, mais qui ont désormais prouvé leur dangerosité pour la faune, les sols et les eaux ? Quelles mesures proposes-tu pour les aider à convertir leur exploitation ?

Céline Vara : Les subventions à la transition pour passer en bio existent déjà. Il s’agit de les développer davantage. Mais l’argent ne fait pas tout. Le plus important c’est la formation. Que ce soit à l’école d’agriculture ou en formation continue, elle est essentielle. Savoir c’est être conscient de la nécessité de changer. Tout est ensuite plus simple lorsque l’on est convaincue. Enfin et les dernières études le démontrent : le local et le bio sont aujourd’hui les arguments de vente qui ont le plus de succès. Valorisons nos produits suisses de qualité et bons pour la santé au travers de campagnes d’information !

Cloé : Le Conseil d’État a d’ores et déjà répondu négativement à ton postulat par écrit, penses-tu que malgré cela le Grand Conseil pourrait voter en sa faveur – d’autres partis semblent en effet vouloir s’attaquer aux pesticides, comme les Vert’libéraux et leur motion pour que les terres viticoles/agricoles en mains du canton deviennent bio ?

Céline Vara : Le verdict sera connu mercredi 23 janvier. Mais les premiers contacts montrent que la gauche soutiendra unanimement le postulat. Elle est aujourd’hui majoritaire. Et les Vert’libéraux devraient soutenir, ce qui assurera, je l’espère, ladite majorité. Leur motion tombe à point nommé et démontre que cette question n’est pas une problématique partisane. A ce titre, j’attends de voir quelle sera la position du PLR et de l’UDC.

Cloé : Une grève du climat s’est déroulée le 18 janvier. Peut-elle avoir, selon toi, un impact sur les autorités ? Et que souhaiterais-tu pouvoir dire à ces jeunes qui s’engagent contre le dérèglement climatique ?

Céline Vara : Cette nouvelle me réjouit. A 34 ans, je fais partie de la génération qui voit la dégradation de notre planète, sans réaction de nos politiques. La génération suivante doit impérativement prendre en main ce changement : les « vieux » politiciens qui font la majorité actuelle de droite au Parlement est trop corrompue ou désintéressée pour faire preuve de courage…et c’est déprimant. J’espère surtout que les jeunes iront voter le 20 octobre prochain pour élire (enfin) des politiciennes et politiciens qui défendent l’environnement. Ma fille a deux ans. J’aimerais qu’elle ait un avenir…

Cloé : Quel conseil peux-tu donner aux consommateur.trice.s que sont nos lecteur.trice.s pour agir eux-aussi contre les pesticides ? Consommer bio est-il réellement réservé à « l’élite » ?

Céline Vara : L’offre en bio est très large désormais et ne cesse de s’agrandir. Manger bio est aujourd’hui à portée de tous les porte-monnaie, même si parfois il faut se déplacer directement chez l’agriculteur pour profiter de la vente directe et de son avantage sur le prix qui est très concurrentiel par rapport aux supermarchés. Et puis, parfois il faut se remettre à cultiver son jardin, au sens propre !

Cloé : Et finalement, tu es candidate pour les élections fédérales de 2019 ! Quels sont les sujets liés à l’environnement qu’il te tiendrait à cœur de défendre si tu étais élue à l’Assemblée fédérale ?

Céline Vara : Les causes environnementales, évidemment, me touchent particulièrement. Je suis une vraie verte, très sensible au réchauffement climatique, à la qualité de notre air, de notre alimentation et de notre eau. Je m’engage également pour l’égalité salariale, le congé parental, les transports publics, la lutte contre la maltraitance animale et contre le nucléaire. Les Verts sont le seul parti qui concilie toujours les problématiques et besoins sociaux à l’écologie. En ce sens, je m’inscris totalement dans cette ligne : « Les Verts font de la politique pour les prochaines générations, par pour les prochaines élections ».


*Fin de l’interview*

Je remercie encore infiniment Céline Vara pour ses réponses et espère fortement que ce postulat sera accepté !

Il est important de rappeler que l’agriculture biologique n’est pas une utopie, et ce même à l’échelle mondiale. Bien entendu, le rendement peut être un peu plus faible, mais de paire avec la lutte contre le gaspillage alimentaire (du champ à l’assiette), il semble tout à fait possible d’y arriver !

Nous devrions d’ailleurs voter ces prochains temps à propos de l’initiative populaire « Pour une Suisse libre de pesticides de synthèse », l’occasion de glisser un grand OUI dans les urnes.

Quant aux consommateur.trice.s méfiant.e.s à l’égard de la production biologique, je vous conseille fortement le livre « Tu parles Charles » de l’écrivain suisse Lucien Willemin, mais également l’enquête de la FRC sur le coût des différents paniers alimentaires en Suisse, qui démontre qu’un panier durable ou végétalien en version bio revient au même coût que le panier moyen suisse non-bio.

Une bonne manière de démonter le mythe selon lequel acheter bio coûte forcément plus cher ! Si l’on modifie sa manière de consommer, on peut tout à fait s’y retrouver. Surtout en privilégiant les achats au maraîcher bio du coin et dans des magasins en vrac pour acheter seulement la quantité dont on a réellement besoin !

Passez donc au bio, modifiez un peu vos habitudes alimentaires et fournissez-vous principalement au marché et dans les commerces locaux : La planète vous remerciera et votre porte-monnaie ne devrait pas se retrouver à sec 😉

À bientôt pour un nouvel article !

Cloé Dutoit