MIGROS : du rire aux larmes

Par Virginia Markus

Nous vous avions déjà parlé de Virginia Markus au moment où elle publiait son manifeste antispéciste « Désobéir avec amour ». Aujourd’hui, c’est elle qui prend la plume sur notre site pour nous livrer un texte poignant sur la réalité de « l’élevage » sciemment dissimulée par les publicités bucoliques de la grande distribution.

Regard sur les pleins pouvoirs

du groupe Migros, qui use

consciemment de tous les schémas

d’oppression pour se vendre.

Et pour vendre l’âme de ses

consommateurs et consommatrices

au diable.

 

1997. 1998. 1999. 2002. 2004. 2006. 2016. 2017. 2019. ACUSA, MART, PEA et Co&xister s’y sont attelés à de nombreuses reprises. Des associations animalistes ayant mené des enquêtes qui ont révélé ce que Migros ne veut pas que ses fidèles consommateurs et consommatrices sachent : des animaux entassés par milliers dans des hangars fermés, déplumés en raison de la promiscuité abusive et du stress engendrant des agressions permanentes par les pairs, suffoquant de chaleur, obèses (mais très rentables, du coup), blessés.

Des animaux au corps meurtri. Des individus sensibles transformés en cannibales souffrant de troubles psychiques. Des individus sentients reconnus par la communauté scientifique comme des êtres dotés d’une conscience et d’une sensibilité leur permettant d’avoir un intérêt à vivre, à fuir la douleur et à ressentir des émotions, réduits au rang de matières premières. (The Cambridge Declaration on Consciousness, 2012  et la Déclaration de Toulon, 2019)

Leur réalité, dénoncée depuis plus de 20 ans par le milieu animaliste est insoutenable. Mais pour le comprendre, il y a lieu de faire un effort : celui de l’empathie. Ainsi, les futurs côtelettes, œufs, steaks et autres cuisses de la Migros ont été des animaux ayant vécu l’enfer institutionnalisé, cautionné par une législation qui ne sert que les intérêts d’un système politique et consumériste se donnant bonne conscience en se cachant derrière des normes administratives qui ne garantissent qu’une chose : la pérennité de l’économie de ce qui est joliment appelé « élevage ».

On parle de « bien-être animal », dans les promesses Migros. Alors logiquement, on se permet de parler de « protection des animaux » dans l’Ordonnance de protection des animaux (OPAN, 2008), tout en réglementant les processus d’abattage, d’écornage et d’insémination des 77 millions d’individus produits et tués chaque année en Suisse. Le pays des alpages verdoyants et de la sacro-sainte législation. Le pays de la propreté apparente et du conformisme. De la modération et de la neutralité. Pays où règne en maître absolu de l’industrie agroalimentaire : Migros. Le géant orange qui a tous les droits : droit de mentir, droit d’asservir, droit de voler, droit de discriminer, droit d’opprimer, droit d’insulter, droit de tuer. En toute légalité.

Migros n’a pas peur des enquêtes en caméra cachée dans ses hangars concentrationnaires. Migros ne craint pas les études innombrables démontrant les liens évidents entre l’agriculture industrielle, le dérèglement climatique et la 6ème extinction.

Migros ne craint pas non plus la libération de quelques-un-e-s de ses esclaves par celles et ceux que l’on surnomme les « extrémistes de la cause animale ». Migros ne craint rien, car Migros est conforme à la législation helvétique et aux attentes du capitalisme. Le fait que les animaux soient en surpoids, déplumés et psychotiques n’étant pas illégal, pas de problème.

Migros ne craint pas les changements d’habitudes de consommation puisqu’elle saura les rentabiliser.

#Grilétariens

Campagne publicitaire #Grilétariens de Migros – 2018 – Photo © Saniha

Elle ne craint pas non plus d’être dénoncée par les féministes, les écologistes et les animalistes pour sa publicité volontairement provocatrice. Elle peut ouvertement jouer sur les clichés machistes et sexistes en toute sérénité. Elle peut vanter la mise à mort réglementaire de 30 millions de poules et poulets, soit 40% de la production suisse de chair avicole et de quelques millions d’autres espèces animales avec une fierté palpable.

Elle peut se féliciter d’avoir investi 18 millions de francs dans la construction des halles pour poules dites « parentales » les plus modernes du monde à Mangold, dans le canton du Valais. Que les cinq autres sites n’offrent pas la lumière du jour aux dizaines de milliers d’autres animaux n’est visiblement pas problématique. Que le 100% de ces animaux termineront leur course à la productivité à l’abattoir à 18 mois au plus tard n’est pas non plus choquant, à priori. Que ces animaux auraient pu vivre jusqu’à 10 ans dans des conditions de vie respectueuses de leurs besoins fondamentaux ne préoccupe finalement que quelques dingues communément appelés « les antispécistes ».

Les consommateurs et consommatrices hypnotisé-e-s par les fausses croyances concernant l’aspect sanitaire de leur alimentation, suffisamment naïfs et naïves pour avaler les promesses de la Génération M et surtout avides d’économies sur leur budget « nourriture » sont les plus fidèles garanties de la pérennité du géant orange. Mais ils et elles ne sont pas les seul-e-s, à la garantir.

Le monde politique qui le cautionne, mais aussi de nombreux médias qui lui offrent carte blanche en matière de publicité et le protègent des relais pourtant essentiels portant sur le devoir d’information des consommateurs et consommatrices, chantent en chœur la bonne santé de ses finances.

 

Le service public affiche fièrement les panneaux publicitaires des #Grilétariens et les autorités condamnent les citoyen-ne-s qui auraient décidé de les saboter. Elles se dépêchent également de poursuivre les militant-e-s ayant osé fouler le sol de ces camps aussi bien gardés que des prisons que sont les élevages, pour y filmer le décalage entre la publicité et la réalité.

Les services vétérinaires cantonaux continuent d’occuper leur rôle schizophrénique : des médecins soucieux des animaux qui protègent les intérêts de la filière économique de leur asservissement. Ils se contentent comme à leur habitude de vérifier le nombre de centimètres accordés aux animaux dans les hangars en fermant les yeux sur l’état psychique et physique de ces derniers, tant qu’il n’y a pas de risque pour la consommation humaine. Et font signer quelques tonnes de paperasse aux éleveurs et éleveuses en garantissant ainsi le bon traitement des futurs côtelettes. « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire », disait Albert Einstein.

Quel rôle jouent alors les institutions qui cautionnent ouvertement ce même Mal?

La boucle est bouclée. Migros, à l’image de ses consoeurs lobbyistes, peut continuer à dormir (et produire) tranquille. Sa compétitivité écocidaire et sa mainmise zoocidaire ne seront freinées en rien. À moins d’une révolution et d’un boycott portés par toutes les personnes soucieuses des questions égalitaristes et écologistes.

La question est : y parviendront-elles à temps ?

Virginia Markus

 

Nous vous invitons à visiter la page Facebook de l’association Co&xister

La page Facebook de Virginia Markus

L’article de Cloé sur le livre de Virginia « Désobéir avec amour »