Pourquoi vous devriez arrêter de manger du poisson dès à présent.

Plus de plastique que de poissons en 2050 dans les océans, on arrête quoi ?

« Je fais attention, je n’achète que du poisson labellisé durable »

« Arrête les pailles, c’est hyper important pour préserver les océans » dit-il en mangeant ses sushis au saumon.

Loin de moi l’idée de dénigrer les actions individuelles visant à réduire sa consommation de plastique ! D’ailleurs EVECT se mobilise pour sensibiliser un maximum de personnes à l’impact des pailles en plastique via le projet PAPAILLE.

Et puis bon, on est toutes et tous d’accord qu’il est impossible d’être totalement parfait.e.s et que tant que la société de consommation ne changera pas sa relation aux objets à usage unique, il restera difficile de s’en passer entièrement en tant qu’individu.

Il n’en reste pas moins qu’il m’arrive d’être exaspérée par les personnes disant réduire leur consommation de plastique parce que « les océans contiendront plus de plastique que de poissons en 2050 » mais qui continuent à consommer allègrement du poisson.

Non parce qu’au final on parle constamment de réduire le plastique, mais pourquoi est-ce QU’EN PLUS de le faire, on n’arrêtait pas aussi de consommer des animaux aquatiques histoire de faire remonter leur quantité qui baisse de manière drastique ?
Moins de plastique et plus de poissons dans les océans. Combo magique !

L’industrie de la pêche est la plus grande menace qui pèse sur nos océans

Bref, cette introduction pour vous traduire un article très intéressant du journal « The Guardian » intitulé « Arrête de manger du poisson. C’est le seul moyen de sauver la vie dans nos mers – L’industrie de la pêche est la plus grande menace qui pèse sur nos océans, sans être entravée par la réglementation et motivée par l’appât du gain. Nous devons agir. » :

[début de la traduction]

C’est la nouvelle la plus importante que l’humanité ait jamais eue : l’effondrement général de la vie sur Terre. La vaste recherche internationale concernant l’état de la biodiversité, telle que révélée lundi, nous indique que la vie sur la planète Terre est prise dans une spirale de mort. Il n’est guère surprenant que cette étude n’ait fait la une que de seulement quelques journaux britanniques. De toutes les sortes de biais médiatiques, le plus profond est celui relatif à la pertinence de l’information. Plus la question est importante, moins elle est discutée.

Il y a une raison à cela, puisque si nous devenions pleinement conscients de la situation qui nous attend, nous exigerions un changement systémique. Or, le changement de système représente une grande menace pour les personnes possédant les médias. Ils nous distraient avec des « babioles », tels qu’un bébé royal ou une petite dispute entre voisins ayant mal tournée. On me dit souvent que nous obtenons les médias que nous méritons. Ce n’est pas le cas. Nous obtenons les médias que leurs propriétaires milliardaires réclament.

Cela signifie que le premier devoir d’un journaliste est de couvrir des sujets négligés. C’est pour cela que j’aimerais vous parler des 70% de la planète qui ont été mis de côté dans la couverture médiatique de la recherche présentée il y a peu dans les médias : les mers. En effet, la vie s’y effondre encore plus vite que sur terre. Or, selon le rapport de l’ONU sur la biodiversité, la cause principale à cela n’est clairement pas le plastique. Ce n’est pas non plus la pollution, le dérèglement climatique ou l’acidification des océans.

C’est la pêche.

Bien que la pêche industrielle représente le plus grand des facteurs de perte de biodiversité dans le rapport, c’est celui dont on entend le moins parler. D’ailleurs, de la même manière, une récente série présentée sur la BBC évitait également soigneusement toute collision avec de puissants intérêts. Très peu de choses y étaient dites quant à l’industrie de la pêche et absolument rien quant aux énergies fossiles ou à l’industrie plastique. On y voit bien la volonté de protéger de grosses puissances.

Quand vous entendez le mot « pêcheur », quelle image vous vient à l’esprit ? Une personne à la barbe blanche, les yeux brillants, assis sur un bateau rouge en train de boire joyeusement sur une mer étincelante ? Si c’est le cas, votre image de l’industrie a besoin d’être mise à jour. En effet, une enquête menée par Greenpeace l’an dernier a révélé que 29% du quota de pêche du Royaume-Uni appartenait à cinq familles, figurant toutes sur la liste des personnes les plus riches publiée par le Sunday Times. Une seule multinationale néerlandaise détient 24% du quota anglais. Les plus petits bateaux – moins de 10m. de long – représentent 79% de la flotte, mais n’ont le droit de pêcher que 2% du poisson.

Il en va de même dans le monde entier : d’énormes navires des pays riches s’octroient les poissons qui entourent les pays pauvres, privant des centaines de millions de personnes de leur principale source de protéines, anéantissant les requins, les thons, les tortues, les albatros, les dauphins et une grande partie du reste de la faune et flore sous-marine. La pisciculture côtière a des impacts encore plus importants puisque les poissons ou crevettes qui y sont produits sont nourris au détriment des écosystèmes marins : des chalutiers aveugles détruisent les fonds marins afin de pouvoir fabriquer de la farine de poisson par la suite.

La haute mer est un royaume sans lois. Ici, les bateaux de pêche installent des lignes d’hameçons d’une longueur allant jusqu’à 75 milles [ndlt : 120 km.], qui raclent et ripolinent la mer de tous les prédateurs et autres animaux qui croisent leur chemin. Même la pêche côtière est gérée de manière désastreuse, du fait de règles laxistes et d’un cuisant échec dans leur application.

Durant quelques années, les populations de cabillaud et de maquereau du Royaume-Uni ont commencé à se rétablir. On nous a dit qu’on pouvait recommencer à les manger avec bonne conscience. Pourtant, elles sont désormais en train de s’effondrer. Les jeunes cabillauds sont illégalement rejetés par-dessus bord dans des quantités industrielles, de sorte que les captures légales dans les mers britanniques sont probablement dépassées d’environ un tiers du chiffre annoncé. Du fait de ces pratiques, le maquereau pêché dans ces eaux-là a d’ailleurs perdu son écolabel il y a quelques semaines.

Le gouvernement britannique prétend que 36% des eaux anglaises sont « sauvegardées en tant qu’aires marines protégées ». Cette protection n’est toutefois rien d’autre que des lignes sur une carte. La pêche commerciale est en effet exclue que dans moins de 0.1% de ces « fausses » réserves. Un article paru récemment dans la revue Science a révélé que l’intensité du chalutage dans les zones protégées européennes est plus élevée que dans les zones non-protégées. Ces soi-disant règles et zones protégées sont une vaste blague : leur unique but est de faire croire au public que des mesures sont prises.

Il aurait été possible d’espérer, au vu des nombreux échecs de l’UE, que le Brexit soit l’occasion d’améliorer les choses. C’est le cas, mais l’occasion n’est toutefois pas prise. Au contraire, alors que l’UE s’engagera juridiquement à empêcher l’exploitation de toute espèce de poisson au-delà de son taux de remplacement l’année prochaine, le projet de loi britannique concernant la pêche ne contient pas de garanties de ce type. Il n’est pas prévu de transformer les « aires protégées » en réelles « aires protégées ». Le pillage des mers ne risque que de s’intensifier.

Ce qui fait que tout cela est si frustrant, c’est que la réglementation de la pêche est à la fois économiquement et pratiquement accessible. Si la pêche commerciale était exclue d’une grande partie de la mer, les prises totales augmenteraient paradoxalement, du fait de ce que les biologistes appellent « l’effet d’entraînement ». Les poissons, mollusques et crustacés se reproduisent, grandissent dans les réserves puis « débordent » dans les eaux environnantes. Là où les mers ont été protégées dans d’autres parties du monde, les prises ont augmenté de façon spectaculaire. Comme le montre un article paru dans la revue PLOS Biology – bien que là, la pêche était interdite au sein de l’entier de la haute mer – les prises mondiales de poissons augmenteraient puisque les populations croissantes d’animaux aquatiques migreraient dans les eaux nationales.

Les règles ne sont pas non plus difficiles à appliquer. Comme l’a démontré le WWF, équiper tous les bateaux de pêche de plus de 10 mètres d’un équipement de surveillance à distance ne coûterait que 5 mio. de livres. Des caméras et des capteurs enregistreraient où et ce que les bateaux capturent, rendant la pêche illégale impossible. Mais l’installation de cet équipement ne peut se faire que sur une base volontaire. Il est donc obligatoire de respecter la loi pour prévenir les rejets, la pêche hors quota et dans les zones interdites, mais il est toutefois facultatif d’installer l’équipement permettant d’indiquer si l’on respecte bien ou non cette loi. De manière passablement prévisible, moins de 1% des navires ont accepté de transporter l’équipement. Etant donné les énormes profits que l’on peut tirer d’une meilleure pratique, n’est-il pas surprenant que cette industrie continue d’entrainer l’effondrement des populations de poissons – et des systèmes vivants qui dépendent d’elles ?

Il n’y a presque aucun poisson, mollusque ou crustacés que nous pouvons manger sans mettre en danger l’environnement. Des scandales récents donnent à penser que même le label Marine Stewardship Council, sensé nous rassurer sur les poissons que nous achetons, n’est pourtant pas une garantie de bonnes pratiques. Il a par exemple certifié des thons pêchés d’une manière qui menace dangereusement des requins menacés d’extinction, les pêchant, pour prélever leurs ailerons, mais également approuvé le dragage de noix-de-St-Jacques qui détruit le fond de la mer.

Tant que la pêche n’est pas réellement correctement réglementée et contenue, nous devrions cesser de consentir à soutenir ces pratiques. Évitez les sacs plastique par tous les moyens, mais si vous voulez faire une réelle et encore plus grande différence, arrêtez de manger du poisson.

[Fin de la traduction]

Conclusion

Cet article était visiblement un cri du cœur de ce journaliste, il n’en reste pas moins qu’il a absolument raison et soulève un point qui n’est effectivement que très peu souvent relaté par les médias du fait de la puissance de l’industrie de la pêche, de la même manière que la consommation excessive de viande et de produits laitiers est très peu soulevée lorsque l’on parle de dérèglement climatique et de perte de biodiversité alors qu’elle en est une des grandes causes.

Je vois déjà venir les fanatiques de poissons dire qu’eux/elles ne consomment que du poisson du lac ou provenant d’élevages locaux. Dans tous les cas, les poissons restent des animaux sensibles qui ressentent la douleur et dont le plaisir de les déguster ne devrait pas primer sur leur droit à la vie. Je rappelle également que la pisciculture n’est pas eco-friendly ni garante de bien-être animal.

Bref, mangez des légumineuses et des graines de lin pour votre quota de protéines et d’oméga 3. Le monde aquatique et les futures générations vous en seront extrêmement reconnaissantes ! En plus, vous pourrez les acheter en vrac plutôt que d’acheter du poisson en barquette plastique… 😉

A très bientôt !

Cloé