Urbanisme : Comment redonner du frais à nos villes ?

Crise climatique, canicules plus fréquentes: quand la chaleur arrive en ville.

Regarde comme il fait chaud dehors,

faut sortir s’aérer ♪

Comme le dit si bien Orelsan : « Nan j’vais rester à l’intérieur j’crois. »
C’est un sujet qui fait de plus en plus parler depuis quelques années: IL FAIT CHAUD SUR LA PLANÈTE !

En 2018, de nombreux records avaient été battus en Scandinavie : 33,5°C à Badufoss en Norvège le 17 juillet, 33,7°C le lendemain à Drag, et également une nuit à 25,2°C au phare de Makkaur (au bord de la mer de Barents, situé entre l’arctique et le nord de la Scandinavie, où il ne fait généralement pas très chaud).

En 2019, un autre record a été également battu, et vous en avez certainement entendu parler : 3,7 milliards de tonnes de glace ont été perdue, en l’espace d’une journée, cela correspondant à environ 10% des pertes totales entre le 1er juin et le 18 juin 2019 (donc oui, 37 milliards de tonnes en un peu plus d’une quinzaine de jours).

Mais bon, tant que c’est loin et que ça ne nous empêche pas de conserver notre petit confort, ça va.
Début de l’été 2019, des records ont été battus partout dans le monde, notamment dans le Nord de l’Inde où les 50°C ont été dépassés, ou encore en France, où pour la première fois depuis le début des relevés météo au 19e siècle, Météo-France a relevé une température de 45,9°C à Gallargues-le-Montueux dans le Gard, le 28 juin. Un épisode caniculaire inédit qui semble épargner la Bretagne, où d’irréductibles bretons refusent encore et toujours de céder aux fortes chaleurs.

Bon, là par contre, les gens vont avoir chaud. Et ça, c’est pas sympa, alors je veux une couverture médiatique exceptionnelle, interviewez-moi des gens qui n’ont pas envie de faire une raclette, un vendeur de glace qui voit ses ventes augmenter, et un supermarché qui a vendu beaucoup de ventilateur ! C’est bon ? Ouf, on l’a échappée belle, heureusement que je suis là.

Plus sérieusement, on va parler pas mal des « îlots de chaleur urbains » un peu partout dans les médias. Ce phénomène est enfin considéré comme un enjeu de santé publique, bien que le thème ait fait l’objet de plus en plus d’articles ces dernières années. Un petit rappel de ce qu’est un îlot de chaleur ? Aller ça me fait plaisir, petite définition faite maison:


Une fournaise dans la ville

Pour bien comprendre comment on peut arriver à refroidir les milieux urbains, il faut d’abord saisir pourquoi ils chauffent autant.
Les phénomènes de chaleur et de canicule sont évidemment des phénomènes naturellement physiques, mais les îlots de chaleur et la surchauffe des villes sont bien des conséquences de l’activité humaine et la façon dont les villes ont été conçues. Donc par nature, l’îlot de chaleur est une sorte de malfaçon urbaine.
Comme je l’ai précisé dans la définition plus haut, il y a un certain nombre de facteurs à prendre en compte pour saisir les raisons de la surchauffe, mais on peut synthétiser en 3 grandes causes :

1. L’action anthropique quotidienne, causée par les activités, transports, pertes énergétiques, climatiseurs par exemple, qui vont générer beaucoup de chaleur en plus des phénomènes physiques. Les solutions vont se trouver surtout dans les comportements/les modes de vie, les choix des entreprises et les politiques publiques.

2. La morphologie urbaine, résultant de l’architecture, du volume des bâtiments, leurs matériaux, le relief de la ville, et bien d’autres. Le principal problème résultant d’une mauvaise morphologie urbaine est la dérégulation thermique (pas de courant d’air, captage de la chaleur, etc.)

3. Enfin, la nature des toits, façades et sols : synthétiquement, ce sont les espaces publics, bâtiments et toits dits « minéraux » c’est-à-dire non végétalisés, et souvent de couleurs sombre, captent une énorme quantité de rayonnements solaires.
Résultat ? Des températures avec parfois une différence de 10°C entre des îlots du centre-ville et la périphérie en fin de journée lorsque les trois grandes causes sont réunis, ce qui est le cas de beaucoup de grandes villes.

Urgence climatique,

solutions urbanistiques ?

On l’a bien compris, l’organisation spatiale des villes est à l’origine de leur dérégulation thermique et donc du phénomène d’îlots de chaleur urbain, et l’urbanisme n’est (de manière générale) pas un domaine où les actions sont rapides ou soudaines. A moyen et à long terme, les projets urbains (qu’ils soient destiné à urbaniser de nouveaux espaces ou en réaménager d’autres) d’aujourd’hui prévoient de nombreuses préconisations en termes de régulation thermique, de trame verte et bleue, et d’efficience énergétique. Mais sur le court terme, quelles solutions existent afin d’apporter un peu de fraîcheur ?

Protéger les espaces végétalisés, redonner leur place aux arbres et petits végétaux en ville.

Il est faux de dire que le seul intérêt des arbres est leur esthétisme, autant que de dire qu’ils sont LA solution aux problèmes des îlots de chaleur urbain. Cependant, ils sont une des charnières de toutes les solutions que l’on propose pour y remédier.
En effet, la présence d’arbres, couplés avec d’autres essences végétales plus petites et des espaces enherbés ou en eau permettent un captage de l’humidité, la création d’espaces ombragés, la réflexion du rayonnement solaire et bien d’autres, comme la création d’habitats pour la biodiversité.
Pour aller plus dans le détail sur les arbres, je vous invite à visionner cette courte vidéo simplement intitulée « À QUOI SERVENT LES ARBRES EN VILLE », par Demain la ville:

Créer et préserver des espaces dit « verts et bleus », qui composeraient avec la ville en tant qu’îlots dits « de fraicheur » : parcs, plans d’eau, forêts urbaines, espaces publics ombragés et végétalisés etc.

Augmenter l’albédo des toits et des routes

Du cool roofing sur les toits

Beaucoup de médias en ont parlé, le « cool roofing » consiste à diminuer le stockage de chaleur sur les toits, et permet donc de limiter la consommation énergétique des entreprises, commerces, services publiques, notamment en baissant les besoins en climatisation.

Évidemment, il s’agit d’une résine spéciale, et non une simple peinture blanche. Certaines personnes utilisent de la chaux blanche, qui a bien fait ses preuves dans des pays au sud (au hasard la Grèce) car permet une bonne porosité et donc une sorte de régulation thermique naturelle.

On parle de cool roofing, comment ne pas parler de ce jeune Brestois, Antoine Horélou, qui propose, avec sa société Cool Roof, de repeindre justement les toits en blanc, avec une peinture à base de coquilles d’huîtres qui renvoie le rayonnement solaire à 95%.

Après avoir repeint les 7 000 m² de la toiture du Leclerc, Cool Roof a conclu que la toiture émettait 6° C de moins en moyenne sous les toits, que le magasin avait économisé pour 20 000 euros d’électricité, et évité l’émission de 4 tonnes d’émission de CO2 par an.

Bien évidemment, cette astuce n’est pas à privilégier dans les villes se situant dans des climats frais et non sujet à de grosses chaleurs, car capter de la chaleur dans un climat très frais évite d’utiliser le chauffage.

Vers l’asphalte blanc ?

Repeindre les routes en blanc ? Mais ça va éblouir tout le monde et ça va glisser en temps de pluie, il va y avoir trop d’accident, trop bête cette idée !

Los Angeles a, en 2018, mené une campagne d’augmentation des indices de réflexion solaire sur ses routes. Dans un premier temps, il est normal d’avoir comme première image une route toute blanche, mais pour la modique somme de 21 000 € le km de route repeinte (durabilité de 7 ans), il est évident qu’une réflexion a été menée en amont. C’est ce pourquoi les routes ne sont pas d’un blanc pur, mais bien d’un gris clair, et de la même façon que pour les toits, il ne s’agit pas d’une peinture basique pour salle de bain, mais bien d’un revêtement étudié pour recouvrir l’asphalte sans compromettre l’adhérence des véhicules qui y circulent ni de générer un éblouissement extrême.


Le gros point positif sur l’exemple de Los Angeles, c’est que la ville ne se contente pas simplement de repeindre les surfaces sombres : en parallèle la ville relance d’une part la revitalisation du Los Angeles River et d’autre part la végétalisation et l’augmentation des zones d’ombres par les arbres, et oblige également les nouvelles constructions à tendre vers des teintes plus claires. Affaire à suivre prochainement pour connaître les résultats !

Vous l’aurez compris à travers cet article déjà complexe malgré son format réduit, l’enjeu des îlots de chaleur urbain est extrêmement complexe du fait des nombreux facteurs spatiaux et temporels.
Les solutions sont dans les mains des acteurs qui font la ville : limiter la génération et le stockage de chaleur, augmenter le nombre et la qualité des îlots de fraicheurs, et la santé publique nous remerciera.

Arthur Corbin

Sources :
https://nouvelles.umontreal.ca/article/2019/04/24/les-toits-de-ma-ville-gris-blancs-verts-c-est-parti/
https://immobilier.lefigaro.fr/article/peindre-son-toit-en-blanc-pourrait-aider-a-sauver-la-planete_0f9e30f2-8613-11e9-bc1d-9b7a6df1c27b/
https://www.geo.fr/environnement/peindre-son-toit-en-blanc-une-bonne-idee-pour-lutter-contre-le-rechauffement-climatique-196030
https://www.franceinter.fr/environnement/une-societe-bretonne-peint-les-toits-en-blanc-pour-limiter-les-gaz-a-effet-de-serre
https://www.demainlaville.com/video/comment-les-villes-luttent-elles-contre-la-canicule/
https://www.urbanews.fr/2017/06/28/52340-une-nouvelle-vie-pour-le-fleuve-los-angeles/