Accord Suisse-Mercosur, ou comment jeter de l’huile sur le(s) feu(x)…

Cloé décrypte pour nous cet accord de libre-échange climaticide

Alors que les grandes forêts brûlent aux quatre coins du globe et agitent la société civile, la Suisse s’est décidée à conclure l’accord de libre-échange avec le Mercosur…

Eh oui, après plusieurs années de négociations entre les pays du Mercosur (Argentine, Uruguay, Paraguay et Brésil) et la Suisse concernant cet accord, il a été annoncé que ce dernier devrait bien être ratifié d’ici 2021 par la Confédération suisse.

Bien que les poumons de la Terre brûlent, nos dirigeant.e.s se plaisent ainsi à conclure des accords de libre-échange avec des pays du Sud aux pratiques agricoles et industrielles aux conséquences néfastes pour l’environnement et passablement antisociales…

Notre Conseiller fédéral Guy Parmelin a répondu à la presse que selon lui, cet accord n’avait pas de réel lien avec les incendies ravageant la forêt vierge… Ceci alors que la France et l’Irlande ont menacé de ne pas ratifier l’accord dans le cas où le gouvernement brésilien n’agissait pas pour endiguer cette catastrophe.

Même le Président du Conseil européen, Donald Tusk, a annoncé avoir du mal à ratifier l’accord UE-Mercosur du fait de la catastrophe environnementale ayant actuellement lieu dans la forêt amazonienne.

Belle politique de l’autruche par la Suisse…

 

Mais finalement, pourquoi la ratification de cet accord serait si catastrophique pour l’environnement et la biodiversité ?

Cet accord vise, entre autres, à exonérer 96% des exportations suisses vers les pays du Mercosur, ouvrant à l’industrie Suisse un marché de 260mio. de personnes.

Alors, certes, l’on pourrait penser que c’est un état de fait magnifique et précieux pour l’économie, voire le marché du travail, en Suisse. Oui, mais il faut tout de même regarder un peu plus loin que cela et se rendre compte que la baisse de ces droits de douane dans certains secteurs de l’industrie rendra les importations de produits manufacturés moins chers, ce qui aura bien entendu un impact négatif pour la production locale sud-américaine.

En outre, la libéralisation des marchés publics devrait permettre à des entreprises européennes de participer à des appels d’offre à égalité avec les entreprises locales, « volant » en quelque sorte le travail des entreprises établies sur place.

Un tel libre-échange avec des pays du Sud tels que ceux-ci entraîne en outre une industrialisation de l’agriculture, encore pire que ce qu’elle ne l’est actuellement. Cette même industrialisation qui a pour conséquence les feux dévastateurs dénoncés ces derniers temps, l’appauvrissement des sols, l’épuisement des réserves d’eau et une utilisation déraisonnée de pesticides.

Le défrichage et la monoculture produisent énormément de C02, ceci alors qu’en ces temps d’urgence climatique et écologique, il serait passablement bon d’éviter que la dégringolade soit encore plus rapide…

L’exportation de produits agricoles fait également concurrence à la production destinée à la consommation humaine indigène.

Le bétail européen se nourrit de céréales qui auraient pu nourrir la population locale des pays du Mercosur. Une hérésie ? Oui.

Tout comme le fait d’importer du soja sud-américain en Suisse pour nourrir des vaches laitières dont le lait transformé en gruyère se retrouvera dans les rayons des supermarchés sud-américains. On entre dans une pure décadence de la surconsommation, allant absolument à l’encontre d’une politique agricole raisonnée, sociale et proche du principe de la souveraineté alimentaire.

N’oublions pas non plus que la protection animale dans les pays du Mercosur est quasiment nulle. Élevage en batterie, castration sans anesthésie, stabulation entravée sont des pratiques courantes, tout comme l’engraissement dans des parcs, l’utilisation d’hormones pour améliorer le rendement ou l’alimentation à base de céréales génétiquement modifiées et aspergées de pesticides, dont certains interdits en UE.

Bref, voilà donc que la Suisse et l’UE sont sur le point de s’engager dans un accord permettant l’exportation de quantités de biens et services, poussant à une surconsommation ainsi qu’à des transports de marchandises toujours plus effrénés. Tout ceci sans qu’aucune étude d’impact n’ait visiblement été effectuée afin de mesurer les conséquences environnementales d’une telle décision et que la Suisse s’est en même temps préalablement engagée en ratifiant les Objectifs du développement durable de l’ONU, ainsi que l’Accord de Paris sur le climat dont les objectifs ne sont pour le moment pas atteints

Ne soyons toutefois pas trop pessimistes – bien que cela soit difficile ces derniers temps – et mobilisons-nous, puisque la société civile, certains syndicats et partis se sont positionnés contre une ratification de cet accord. Les Verts Suisses entendent par exemple lancer un référendum dans le cas où la ratification du Mercosur était bien lancée.

En outre, une pétition a été créée afin de faire pression et d’éviter une ratification par la Suisse.

C’est bien majoritairement l’agriculture industrielle causée par le capitalisme et la surconsommation qui est à l’origine de tous ces incendies ravageant les forêts vierges autour du globe.

La décadence de notre société aux yeux bien plus gros que le ventre qui est en train de se détruire toute seule, et nous avec…

Que faire à notre échelle?

D’ici là, il ne nous reste qu’à faire de notre mieux pour endiguer les choses :

  • Stopper ou réduire drastiquement sa consommation de produits animaux ;
  • Boycotter les multinationales ; (en rejoignant les groupes « sans supermarché » de votre région par exemple)
  • Manifester ;
  • S’engager associativement ou politiquement ;
  • Ne pas oublier de voter en octobre pour les personnes les plus à même de nous sortir de cette crise climatique et écologique.

À bientôt pour un prochain article et ne vous laissez pas abattre !

Cloé Dutoit

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Sources :
https://blogs.letemps.ch/isolda-agazzi/2019/07/04/la-societe-civile-du-mercosur-rejette-laccord-avec-lue/
https://gruene.ch/wp-content/uploads/2019/08/190831_dv_einladung_f1.pdf
https://www.agefi.com/home/politique/detail/edition/online/article/laccord-de-libre-echange-aele-mercosur-qui-devrait-etre-ratifie-en-2021-permettra-dexonerer-95–des-exportations-suisses-vers-lamerique-du-sud-490045.html
https://www.letemps.ch/economie/guy-parmelin-potentiel-mercosur-enorme