Du plastique dans le revêtement intérieur des canettes et boites de conserve

Toutes sources confondues, nous avalons 5g de plastique par semaine

Canettes – bouteilles en PET, même combat

Si vous êtes de celles et ceux qui préfèrent les boissons en canettes pour éviter le plastique, on a une mauvaise nouvelle pour vous.

L’intérieur des canettes et boîtes de conserve vendues dans le commerce est tapissé par une fine couche de plastique pour séparer le contenant du contenu. Une expérience réalisée par la chaine de vulgarisation scientifique « Mel Science » nous en fait la démonstration à l’aide d’une canette de Coca plongée dans un solvant qui dissout l’aluminium:

Même expérience réalisée sur d’autres marques:

Plastique partout, justice nulle part!

Selon l’INERIS (l’Institut National de l’Environnement Industriel et des Risques, France) la pellicule transparente qui tapisse l’intérieur des canettes de boisson est une résine époxyde thermodurcissable à base de… BPA, le fameux perturbateur endocrinien hautement controversé depuis près d’un quart de siècle.

Mais pourquoi ajouter du plastique dans les canettes et boite de conserve? Cette pellicule garantit une meilleure conservation des aliments et évite que l’aluminium (ou le fer blanc) ne soit rongé par l’aliment qu’il contient et le contamine. Ce procédé préserve également la boisson ou l’aliment d’un goût métallique désagréable du à l’oxydation de l’emballage.

L’INERIS précise qu’ « on ne dispose pas aujourd’hui de solution universellement fiable et applicable pour remplacer les résines époxydes dans les boites de conserve et cannettes de boissons. »  et que « Le SNFBM (Syndicat national des fabricants de boites métalliques) indique que quatre types de résines sont utilisés actuellement en tant qu’alternatives aux résines époxydes à base de BPA dans les boites de conserves et couvercles de bocaux en verre. »

Mais bien que ces alternatives ne contiennent pas de BPA, il s’agit toujours de vernis synthétiques. À la place d’ingérer de l’alu ou du fer blanc, ce sont bien des microparticules de plastiques que nous ingurgitons quotidiennement.

Lobby du plastique trop puissant

Le combat contre le plastique, et notamment contre le Bisphénol-A (BPA) ne date pas d’hier. En 1995 déjà, des chercheurs alertaient sur les dangers de la migration du BPA dans l’organisme via la nourriture et les boissons stockées dans des contenants en plastique. Ces BPA sont aujourd’hui interdits en Europe pour les biberons et ustensiles destinés aux bébés, mais une interdiction générale semble, pour le moment, hors de portée. En effet, les lobbies du plastique diffusent régulièrement des études scientifiques affirmant que les BPA ne sont pas toxiques et luttent activement pour continuer à inonder les marchés de produits en plastique divers et variés, notamment des emballages et autres objets à usage unique.

Exemple, en France, en 2012, une loi qui prévoyait « la suspension de la fabrication, de l’importation, de l’exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement, contenant ou ustensile comportant du bisphénol A et destiné à entrer en contact direct avec des denrées alimentaires » a été attaquée par PlasticsEurope (lobby des grands fabricants européens de matières plastiques) au nom de la « liberté d’entreprendre », la jugeant non conforme aux droits et libertés tels que garantis en France par la Constitution… et devinez quoi? PlasticsEurope a gagné.

5 grammes de plastique ingérés par semaine

Je vous en parlais dans l’article consacré à cette nouvelle génération de sachets de thé plastifiés, selon les résultats d’une étude de l’université de Newcastle (Australie) publiés en juin 2019, un individu moyen pourrait ingérer jusqu’à 5 grammes de plastique chaque semaine, soit le poids d’une carte de crédit. Les sources de cette contamination sont diverses mais très souvent liées aux emballages et contenants en plastique. Les résultats indiquent que l’eau, les crustacés, la bière et le sel sont les produits qui présentent le plus haut taux de plastiques parmi les produits étudiés.

Avec ou sans BPA, le plastique est une calamité pour l’environnement, la biodiversité et évidemment pour la santé humaine. Il est aujourd’hui impossible d’éviter d’en ingurgiter, alors essayons de limiter cette contamination là où nous le pouvons. Après les bouteilles en PET et comme tous les objets à usage unique, les canettes et boîtes de conserves sont donc également à bannir.

Leïla Rölli

 

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