Coronavirus : « La nature nous envoie un message »

Un article publié dans "The Guardian", traduit par Cloé

En pleine crise pandémique, les articles faisant le lien entre Covid-19 et urgence climatique et écologique sont extrêmement nombreux.

Si vous ne l’avez pas encore lu d’ailleurs, notre interview du Dr. Bernard Burnand traite notamment de cette question et plus particulièrement des liens entre climat et santé.

Enfin, difficile de choisir lesquels vous présenter, mais voici aujourd’hui une traduction d’un article paru dans l’excellent journal britannique « The Guardian » :

Coronavirus: ‘Nature is sending us a message’, says UN environment chief

*Début de la traduction*

Coronavirus : « La nature nous envoie un message », déclare la directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l’environnement

Selon Inger Andersen, l’humanité exerce trop de pressions sur le monde naturel, avec des conséquences néfastes, et ne pas prendre soin de la planète signifie ne pas prendre soin de nous-mêmes.

D’éminents scientifiques ont déclaré que l’épidémie de Covid-19 était un « sérieux avertissement », cela en raison des maladies mortelles qui sont bien plus nombreuses chez les animaux sauvages et que la civilisation actuelle « joue avec le feu ». Selon eux, c’est quasiment à chaque fois notre comportement qui a provoqué la propagation des maladies chez les humains.

Pour éviter de nouvelles épidémies, les experts ont déclaré qu’il fallait mettre un terme au réchauffement climatique ainsi qu’à la destruction du monde naturel par l’agriculture, l’exploitation minière et l’habitat, car ces différentes pratiques mettent la faune sauvage en contact rapproché avec nous.

Ils ont également exhorté les autorités à mettre un terme aux marchés d’animaux vivants – qu’ils ont qualifiés de foyer de propagation idéal pour les maladies – et au commerce illégal d’animaux.

La directrice exécutive du Programme des Nations unies pour l’environnement, a déclaré que la priorité immédiate était de protéger les populations contre le coronavirus et d’empêcher sa propagation. « Mais notre réponse à long terme doit s’attaquer à la perte d’habitat et de biodiversité », a-t-elle ajouté.

« Jamais auparavant, il n’y a eu autant de possibilités de transmission des agents pathogènes des animaux sauvages et domestiques à l’être-humain », a-t-elle déclaré au Guardian, expliquant que 75% de toutes les maladies infectieuses émergentes proviennent de la faune sauvage.

« Notre exploitation continue des espaces sauvages nous a rapprochés de façon bien trop étroite des animaux et des plantes qui abritent des maladies pouvant nous atteindre sans que l’on s’y attende. »

Elle souligne également d’autres conséquences environnementales, tels que les feux de brousse australiens, les records de chaleur battus et la pire invasion de criquets pèlerins au Kenya depuis 70 ans. « Au bout du compte, avec tous ces événements, la nature nous envoie un message », a déclaré Mme Anderson.

« Il y a trop de pressions en même temps sur nos systèmes naturels et quelque chose doit être fait », a-t-elle ajouté. « Nous sommes intimement liés à la nature, que cela nous plaise ou non. Si nous ne prenons pas soin de la nature, nous ne pouvons pas prendre soin de nous-mêmes. Et alors que nous nous dirigeons vers une population de 10 milliards d’habitants sur cette planète, nous devons nous diriger vers cet avenir avec la « nature » comme notre plus grand allié ».

Les épidémies de maladies infectieuses humaines sont en augmentation et, ces dernières années, on a observé le virus Ebola, la grippe aviaire, le syndrome respiratoire du Moyen-Orient (Mers), la fièvre de la vallée du Rift, le syndrome respiratoire aigu sévère (Sars), le virus du Nil occidental et le virus Zika, qui se transmettent tous de l’animal à l’homme.

« L’émergence et la propagation de Covid-19 n’étaient pas seulement prévisibles, on a prédit qu’il y aurait une autre émergence virale de la faune sauvage qui constituerait une menace pour la santé publique », a déclaré le professeur Andrew Cunningham, de la Société zoologique de Londres. Une étude de 2007 sur l’épidémie de SRAS de 2002-2003 a conclu : « La présence d’un grand réservoir de virus de type Sars-CoV chez les chauves-souris en fer à cheval, ainsi que la culture de consommation de mammifères exotiques dans le sud de la Chine, est une bombe à retardement ».

Selon M. Cunningham, d’autres maladies de la faune sauvage ont un taux de mortalité beaucoup plus élevé chez l’homme, comme par exemple 50% pour le virus Ebola et 60-75% pour le virus Nipah, transmis par les chauves-souris en Asie du Sud. « Bien que vous ne le pensiez pas pour le moment, nous avons probablement eu un peu de chance avec le Covid-19 », a-t-il déclaré. « Je pense donc que nous devrions prendre cela comme un avertissement clair. »

« C’est presque toujours un comportement humain qui en est la cause et il y en aura d’autres à l’avenir si nous ne changeons pas », a déclaré M. Cunningham. Les marchés où l’on abat des animaux sauvages vivants à tous les coins en sont l’exemple le plus évident, a-t-il dit. Un marché en Chine serait d’ailleurs à l’origine de Covid-19.

« Les animaux ont été transportés sur de grandes distances et sont entassés dans des cages. Ils sont stressés et immunodéprimés et excrètent les pathogènes dont ils sont porteurs », a-t-il déclaré. « Avec des gens en grand nombre sur le marché et en contact intime avec les fluides corporels de ces animaux, vous disposez d’un incubateur idéal pour l’émergence de la maladie. Si vous voulez un scénario pour maximiser les chances de transmission, je ne pourrais pas penser à une meilleure façon de le faire ».

La Chine a interdit de tels marchés, et pour M. Cunningham, cette mesure devait être permanente. « Cependant, cela doit être fait au niveau international. Il existe des marchés humides dans une grande partie de l’Afrique subsaharienne et dans de nombreux autres pays asiatiques également ». La facilité des voyages dans le monde moderne exacerbe les dangers, a-t-il déclaré, ajoutant : « De nos jours, on peut se trouver dans une forêt tropicale d’Afrique centrale un jour et dans le centre de Londres le lendemain. »

Aaron Bernstein, de l’école de santé publique de Harvard aux Etats-Unis, a déclaré que la destruction des lieux naturels poussait les animaux sauvages à vivre près des gens et que le changement climatique obligeait également les animaux à se déplacer : « Cela crée une opportunité pour les pathogènes de s’introduire dans de nouveaux hôtes ».

« Nous avons eu Sars, Mers, Covid-19, VIH. Nous devons voir ce que la nature essaie de nous dire ici. Nous devons reconnaître que nous jouons avec le feu », a-t-il déclaré.

« La séparation de la politique de santé et de l’environnement est une dangereuse illusion. Notre santé dépend entièrement du climat et des autres organismes avec lesquels nous partageons la planète ».

Le commerce illégal d’espèces sauvages, qui représente un milliard de dollars, est une autre partie du problème, a déclaré John Scanlon, l’ancien secrétaire général de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction.

« Les pays importateurs devraient créer une nouvelle obligation légale, assortie de sanctions pénales, pour un importateur d’animaux sauvages de prouver qu’ils ont été obtenus légalement en vertu des lois nationales du pays source », a-t-il déclaré. « Si nous pouvons combiner l’adoption d’une ligne dure contre les criminels organisés transnationaux de la faune sauvage, tout en ouvrant de nouvelles opportunités pour les communautés locales, alors nous verrons la biodiversité, les écosystèmes et les communautés prospérer ».

La crise de Covid-19 peut être une occasion de changement, mais M. Cunningham n’est pas convaincu qu’elle sera saisie : « Je pensais que les choses auraient changé après le SRAS, qui a été un réveil massif – le plus grand impact économique de toutes les maladies émergentes à ce jour », a-t-il déclaré.

« Tout le monde s’est mobilisé pour cela. Mais la pandémie s’est terminée, grâce à nos mesures de contrôle. Puis il y a eu un énorme soupir de soulagement et la vie a repris son cours. Nous ne pouvons pourtant pas revenir à la normale comme si de rien n’était ».

*Fin de la traduction*

On le voit bien, les liens entre les dégâts que nous causons à l’environnement et la pandémie actuelle ne peuvent être ignorés et les mesures notamment citées dans cet articles doivent être prises afin d’éviter que de nouveaux virus nous soient transmis.

En espérant que cette pandémie soit l’élément déclencheur pour un réel changement de perspective et que tout le monde ne retourne pas à sa surconsommation et son mode de vie individualiste une fois la crise passée…

Cloé Dutoit