Interview : Vivi au pays des alternatives

On vous présente Victoria et ses superbes reportages!

En ces temps de confinement, plutôt que de binge-watcher des séries et films en streaming, quoi de mieux que de s’instruire sur des initiatives citoyennes et autres sujets tournant autour de l’écologie et d’un monde meilleur ?

Nous vous présentons donc aujourd’hui Victoria, qui a créé le média « Vivi au pays des alternatives », qui propose des reportages sur des sujets divers et variés que nous relaierons avec plaisir sur notre site internet !

Pour faire plus ample connaissance avec elle et son travail, voici une rapide interview :

 

*  Début de l’interview *

 

 Salut Victoria, nous te souhaitons la bienvenue sur En Vert Et Contre Tout et nous réjouissons de voir tes reportages publiés ici ! Pour commencer, peux-tu te présenter toi et ton parcours ?

Victoria : Hello à toutes et tous ! Je suis ravie de rejoindre la communauté d’En Vert Et Contre Tout. Un immense merci pour cette possibilité de rendre visible mon travail.

Depuis juin 2019, je réalise un tour de France des initiatives citoyennes pour la transition écologie et sociale. Je mène alors des enquêtes de terrain pour en faire des créations audiovisuelles à visée pédagogique. L’objectif est de diffuser ces initiatives pour les promouvoir et les rendre accessibles ! Ces reportages et découvertes sont disponibles sur Instagram, YouTube et Facebook sous le nom de Vivi au Pays des Alternatives 😉

Ma conviction pour la justice sociale et environnementale a toujours dicté mes choix. Et c’est avec cet engagement que je me suis orientée vers l’ingénierie urbaine et environnementale dans le service public. J’ai donc travaillé à la Ville de Paris dans le tri des déchets. Puis au fur et à mesure de mes missions, j’ai compris que le tri n’est qu’un pansement à la quantité de déchets que notre consommation génère. La véritable nécessité, c’est d’enrayer la mise sur le marché d’emballages et la consommation. Et ça, ce n’est pas vraiment à l’ordre du jour politique.

Je me demandais comment apporter une meilleure contribution à la défense de la biodiversité, à la lutte pour les droits humains et la justice sociale. J’ai eu besoin d’aller à la rencontre de personnes qui se mobilisent autant qu’elles le peuvent pour créer des alternatives à un système ultra-libéral, capitaliste, et toujours plus autoritaire.

Donc j’ai quitté la routine sans fin du métro, boulot, dodo. Et je suis partie avec mon baluchon à la recherche d’initiatives pour un monde coopératif, écologique, en cohésion avec le vivant.

 

On comprend donc bien que tu n’as pas de formation en tant que telle dans le monde de l’audiovisuel, comment t’y es-tu donc prise pour t’y mettre, apprendre à tourner, monter, etc. ?

Victoria : J’ai eu la chance de suivre l’aventurier Capitaine Rémi dans ses expéditions filmées. J’ai appris à ses côtés en prenant part à ses cadrages, ses montages, idées de scénarios. Puis j’ai commencé à faire mes propres vidéos autour du véganisme dans un premier temps, et j’ai souhaité élargir à tous les sujets qui me touchent et qui me semblent d’intérêt général. Mes tournages se font dans une démarche de sobriété, j’ai un minimum de matériel : un smartphone qui a plus de deux ans et que j’utiliserai tant qu’il marchera, un stabilisateur, un trépied et micro-cravate. J’achète d’occasion dès que possible.

 

Quel est le reportage que tu as tourné qui t’a le plus marqué pour le moment ?

Victoria : Le reportage dont je suis la plus fière, c’est celui sur la sauvegarde des Murs à Pêches. C’est un sujet qui associe urbanisme, histoire, agriculture urbaine, militantisme. Ce lieu a une âme puissante. Techniquement, c’était un challenge de mettre en valeur visuellement un paysage hivernal qui peut être terni par le manque de lumière, la pluie, l’hibernation du lieu, et tout ça… avec mon téléphone. Je me suis beaucoup amusée et investie au montage, et le résultat est au-delà de mes espérances.

Mais l’expérience qui m’a le plus marqué, c’était mes 3 semaines à La Bascule, un collectif citoyen qui a réinvesti une clinique désaffectée pour la transformer en lieu de de transition personnelle, collective et sociétale avec un engagement auprès des mobilisations citoyennes et autour des questions politiques. Des connexions humaines très fortes avec l’idée de nous faire grandir les un·e·s les autres. Et je suis persuadée que ces belles vibrations se sentent dans le reportage.

 

Avant de t’engager comme tu le fais maintenant, as-tu déjà, par le passé, pris part à des manifestations/actions ? As-tu par ailleurs déjà envisagé la désobéissance civile ?

Victoria : Je pratique la désobéissance depuis mon plus jeune âge qui est un outil incroyable pour dénoncer l’injustice. Mais cela m’a coûté de nombreuses heures de colles et privations d’anniversaires, hahaha. Mais c’est ce qui a forgé mon identité. Mon vécu d’adolescente et de femme a pris de plein fouet les violences sexistes et mon premier combat a été le féminisme. Et c’est par ce biais que j’ai pu comprendre l’imbrication des différents systèmes discriminatoires (raciste, sexiste, classiste, etc..) et adopter une approche intersectionnelle des mobilisations. Et surtout, je crois en la diversité des modes d’action.

 

Comment fais-tu pour choisir le sujet de tes reportages ?

Victoria : J’ai constitué des fiches où je note TOUS les lieux et les démarches qui m’inspirent. Je ne pourrais pas tous les explorer dans toute ma vie. Je contacte par mail celleux qui correspondent au cheminement logique dans lequel je suis. En fonction de la disponibilité, du feeling, des conditions d’accueil, j’y vais ! Il y aussi des structures qui me proposent de venir les découvrir, la dernière en date : Rise For Climate Belgium. Le Pays des Alternatives s’élargit J Les contreparties pour mon travail vont du café offert au défraiement, gite et couvert pendant toute la durée du tournage et du montage.

À chaque fois, je suis en immersion 3 semaines sur le terrain, en vivant avec la communauté, en participant aux tâches de la vie quotidienne, ce qui aboutit à des tonnes de moments partagés, de l’insouciance, de l’intimité. D’autant plus dans ces univers de la transition où nous vivons nos convictions avec nos tripes. J’attache une grande importance à l’authenticité de l’immersion, déjà pour vivre un échange riche, et ensuite, pour transmettre au plus juste l’expérience vécue.

 

Les retours sont-ils majoritairement positifs ou as-tu déjà reçu des critiques ?

Victoria : J’ai une multitude de retours positifs, de remerciements, de la part des personnes concernées par le reportage, des milliers de personnes qui visionnent et partagent les vidéos. Autant, techniquement de la part de créateurices de contenus, que sur le fond des sujets de la part de personnes qui sont inspirées et d’autres qui ont appris des choses. Cela me touche énormément et ça contribue à me faire poursuivre cette aventure.

Les reportages révèlent aussi des différences de positionnement idéologiques. Et c’est un atout car un des objectifs est de créer le débat. Avec toutefois des règles de modérations, pas de discriminations, de mépris. J’ai malheureusement aussi beaucoup de retours d’hommes qui m’envoient des messages inappropriés. C’est réducteur par rapport à mon travail, et avoir une vigilance permanente sur l’intention de mes interlocuteurs masculins est pesante.

 

En avant-première, peux-tu nous dévoiler le thème d’un de tes prochains reportages ?

Victoria : Roulement de tambours…. Le thème sera : les initiatives citoyennes et mobilisations politiques dans la capitale belge, en collaboration avec Rise For Climate !

Une belle suite serait de faire des chroniques pour un média, un peu comme Usul avec Médiapart, de continuer à mettre en lumière des structures contre gite et couvert pour que l’argent ne soit pas une condition pour être visibilisé, de créer un collectif de créateurices de contenus engagés. Tout n’est qu’une question de motivation… et de financement, le nerf de la guerre. Je réfléchis d’ailleurs à monter un tipee.

D’ailleurs, n’hésitez pas à me solliciter pour que l’on puisse collaborer ensemble sur un futur reportage au Pays des Alternatives.

 

Et finalement, as-tu espoir que notre société parvienne à changer à temps afin d’éviter une destruction bien trop massive du vivant ?

Victoria : Contenir le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité implique une transformation profonde de notre société avec la refonte de nos métiers, de nos modes de vie et donc d’abandonner le dogme du libéralisme et du capitalisme outranciers. Il s’agit de s’orienter vers une résilience alimentaire, sociale, sanitaire, économique avec une redistribution des richesses et une intensification des missions de service publics. Pour cela, il faut une volonté politique internationale, or l’oligarchie actuelle résiste pour protéger le vieux monde. La position du lieutenant-gouverneur du Texas, Dan Patrick, qui appelle la population à prendre le risque de mourir du coronavirus plutôt que de faire mourir l’économie, illustre parfaitement cette bataille idéologique.

Donc ce qui me préoccupe, c’est ce que l’on vit aujourd’hui, c’est la société qui se construit maintenant. Bénédicte Mannier, une journaliste qui a fait le tour du monde des initiatives citoyennes, dit que ces dernières sont un million de révolutions tranquilles. Chaque maraîchage qui se convertit à l’agro-écologie, chaque yourte qui s’élève, chaque maire qui émet un arrêté anti-pesticide, chaque ingénieur·e qui démissionne pour s’orienter vers les low-tech, chaque omnivore qui décide de devenir végétarien·ne, chaque blogueu·r·se voyage qui arrête l’avion. Chaque geste est une victoire.

La beauté de l’engagement, c’est cette souveraineté que chacun·e peut se réapproprier pour devenir un·e acteurice d’une société plus juste pour le vivant. Et j’invite chacun·e à se poser la question : quelle contribution ai-je envie d’apporter au monde, quel sens ai-je envie de donner à mon existence lors dans cette expérience courte et incroyable qu’est la vie ?

 

*Fin de l’interview*

 

Un énorme merci à Victoria pour ses réponses si complètes et lucides qui donnent très envie de la suivre lors d’un de ses tournages pour pouvoir le vivre avec elle !

Nous nous réjouissons de pouvoir proposer ses reportages sur notre site et pouvoir ainsi vous faire profiter des différents sujets abordés, afin que vous puissiez, vous aussi, vous immerger dans ces alternatives et, pourquoi pas, vous motiver à en développer une à votre tour !

En attendant, vous pouvez la suivre sur ses différents réseaux dont les liens sont présents au début d’article !

Cloé Dutoit