Nos fruits et légumes aspirent les microplastiques à travers leurs racines

Et bon appétit bien sûr!

Ce n’est pas un scoop, on sait de puis belle lurette que les microplastiques – soit, de minuscules morceaux de plastique de moins de 5 millimètres de longueur – pullulent dans notre environnement.

Des sommets de nos montagnes… qui ne sont plus si immaculés que ça aux zones les plus reculées des océans, cette pollution est partout.  On retrouve ces microplastiques dans les fruits de mer, notre sel ou encore notre bière et de nouvelles recherches viennent de démontrer qu’ils peuvent également pénétrer les racines des cultures et remonter à travers la plante jusqu’aux parties que nous consommons.

Du plastique « aspiré » par les racines

Deux études publiées en juin 2020 mettent en évidence la présence de microplastiques dans nos aliments et appellent à plus de recherches sur les effets du plastique sur notre santé.

L’une de ces études, menée par Margherita Ferrante de l’Université de Catane (Italie), et publiée dans Environmental Research, a trouvé des microplastiques dans les fruits et légumes des supermarchés et des vendeurs de produits locaux à Catane. Les chercheurs ont prélevé des échantillons de carottes, de laitue, de brocoli, de pommes de terre, de pommes et de poires, montrant pour la première fois la présence de ces minuscules morceaux de plastique dans les fruits et légumes que nous mangeons.

L’autre étude, publiée dans Nature Sustainability par des chercheurs du Yantai Institute of Coastal Zone Research, en Chine, et de l’Université de Leiden, aux Pays-Bas, a révélé que les fissures dans les racines de la laitue et du blé sont capables d’absorber les microplastiques du sol et de l’eau environnants. Ces microplastiques peuvent ensuite migrer des racines jusqu’aux parties comestibles de la plante. Les chercheurs savaient déjà que de minuscules particules – d’une taille d’environ 50 nanomètres – pouvaient pénétrer dans les racines des plantes, mais Willie Peijnenburg, professeur de toxicologie environnementale à l’Université de Leiden, affirme que son étude a révélé que des particules environ 40 fois plus grandes peuvent également pénétrer dans les plantes.

Plastiques flexibles

L’étude de Willie Peijnenburg, réalisée dans un laboratoire, a examiné deux façons différentes de cultiver des plantes: par hydroponie dans les eaux usées et en culture « classique » dans un sol sableux auquel des eaux usées ont été ajoutées. Peijnenburg dit qu’ils ont essayé de simuler combien de pays utilisent les eaux usées pour irriguer leurs cultures, et que des microplastiques plus gros pourraient pénétrer par les racines en partie parce qu’il s’agissait de plastiques flexibles.

« Ce sont des particules sphériques d’une taille allant jusqu’à 2 micromètres et elles sont un peu flexibles, de sorte qu’elles peuvent elles-mêmes être plus ou moins pressées dans les petites cellules des pores des racines des plantes », explique-t-il. « Un autre mécanisme est que dans les racines nouvellement développées, il y a de petites fissures présentes. Les particules entrent dans ces fissures, il est donc même possible que des particules plus grosses que celles étudiées soient également absorbées par les plantes. »

Hormis les effets possibles sur la santé, il espère que la découverte de la présence de microplastiques dans nos cultures entrainera des actions pour éviter cette contamination, tout simplement parce que cette pollution plastique omniprésente est inacceptable et doit être éradiquée.

Les fruits plus touchés que les légumes

Dans l’étude italienne, les produits des vendeurs locaux ont montré des niveaux de microplastiques plus élevés que les produits achetés dans les supermarchés.

Attention, ce n’est pas une invitation à retourner dans les supermarchés! Cette étude ne se base que sur des échantillons prélevés à Catane, en Sicile. On peut donc comprendre que le système d’irrigation des cultures sur une île entourée par mer diffère de celui du continent. Il serait intéressant de dupliquer ces analyses dans différentes régions du globe pour avoir une meilleure appréciation de la situation. Pour rappel, les produits de supermarchés sont sur-emballés et il y a migration du contenant au contenu dans de nombreux cas, notamment lorsque le produit emballé est gras et/ou acide, lorsqu’il reste longtemps en contact avec le plastique ou qu’il est exposé à la chaleur.

Les plus petits morceaux de plastique ont été trouvés dans les carottes  (environ 1,5 micromètre), et le plus gros dans la laitue (2,5 micromètres). Parmi les fruits les plus contaminés de l’échantillon, les pommes arrivent en première position, alors que chez les légumes, ce sont les carottes qui terminent sur la plus haute marche du podium. Il y avait plus de microplastiques trouvés dans les fruits que dans les légumes, ce qui, selon les chercheurs, est lié au fait que les arbres fruitiers plus âgés ont un système racinaire plus large que les plantes potagères.

Nous ne savons pas encore suffisamment comment l’ingestion de microplastiques affecte notre santé, mais les chercheurs des deux études affirment que cette présence de plastiques dans nos cultures est préoccupante et que des recherches supplémentaires sur les conséquences pour la santé sont nécessaires. Même s’il n’y a pas d’effets secondaires nocifs à l’ingestion de très petits morceaux de plastique (bien que les chercheurs notent qu’il peut y avoir des impacts à long terme, car le plastique peut contenir des additifs chimiques nocifs), Peijnenburg ajoute que «simplement, la plupart des gens n’aiment pas manger du plastique. »

Les deux études ont été partagées avec la Plastic Health Coalition avant un sommet en avril 2021 à Amsterdam, organisé par la Plastic Health Summit, qui examinera la relation entre le plastique et la santé.

Leïla Rölli

Sources: Fast Company

 

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